201505.31
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L’innovation des avocats servie à toutes les sauces.

idée

Innovez, Innovons Chers Consœurs, Chers Confrères, Chers Avocats !

La Convention de Montpellier a initié ce slogan martelé en boucle par certains.

Le créateur « génial » d’un site concurrent des avocats à la limite du braconnage (mais je prends mes précautions, pour ceux qui me lisent régulièrement, vous comprendrez pourquoi…), contre lequel le CNB a initié un procès, était même la guest star de cette convention pour montrer à tous que lui, il a su et nous, eh bien, on est loin derrière.

Le Colloque Saint Yves que j’ai suivi sur Twitter portait aussi sur cette innovation et sur notre nullité: nous laissons faire les autres, nous sommes « has been » et nous ne comprenons rien, il faut innover … innover et encore innover, on vous dit  !!!! … sinon la profession risque de mourir de sa belle mort.

Oui mais innover comment… ???  et c’est là où tout s’explique, où cet « acharnement » à nous forcer à accepter cette invitation se comprend : les capitaux extérieurs, pour innover les avocats doivent accepter de lâcher leur indépendance, de faire entrer des capitaux extérieurs car innover ça coûterait de l’argent, beaucoup d’argent ! Une rumeur court sur internet que le fameux site concurrent dont je vous parlais au début aurait dépensé des millions d’euros pour lancer son site.

J’avoue être surprise par cet argument, depuis quand lorsque l’on a une idée on doit mettre beaucoup d’argent pour la réaliser ?

Toutes les grandes réussites sur le net sont ces start-up américaines, parties de rien: Google est né dans un garage et a été créée par deux étudiants, Facebook idem un étudiant a eu cette idée , a débuté par un Facebook à l’université pour devenir le FB qu’il est aujourd’hui.

Tout cela pour vous dire que je ne crois pas que les capitaux extérieurs nous permettront d’innover.

Innover c’est avoir une idée, la mettre en oeuvre, il faut que cette idée soit géniale, que personne n’y ait pensé avant pour que cela décolle et fonctionne.

Nul besoin de capitaux extérieurs. Les prix des webmasters varient considérablement et comme chez les avocats, la concurrence est rude.

Aussi, je me permets de soupçonner ceux qui prônent l’entrée des capitaux extérieurs dans les cabinets d’avocats de ne pas vraiment afficher la véritable raison de cette innovation.

Ne souhaiterait- on pas plutôt s’associer avec d’autres entreprises avec l’entrée de ces capitaux extérieurs ?

L’avocat salarié en entreprise que nous rejetons tant n’apparaît-t-il pas avec cette entrée de capitaux extérieurs au sein de nos cabinets ?

L’indépendance sera mise à mal sans aucun doute par les actionnaires non-avocats (riches bien entendu) des cabinets d’avocats.

Alors prudence…

D’ailleurs, je me permets de sauter du coq à l’âne pour relever qu’un cabinet d’avocats a reçu le prix de l’innovation pour avoir eu cette brillante idée de proposer la première consultation gratuite (Voir sur ce point l’article de mon Confrère « Sous la Robe »: ICI),  alors que souvent beaucoup de cabinets intègre le prix de la consultation dans le prix de la procédure lorsque celle-ci est engagée à la suite du rendez-vous.

Par voie de conséquence, la consultation peut être gratuite.

Innover n’est pas faire entrer les capitaux extérieurs, c’est une certitude pour moi.

Innover n’est pas non plus niveler la profession vers le bas et ne pas se faire payer pour son travail pour un soit-disant meilleur accès au droit et à l’avocat.

Sachez que les avocats délivrent des consultations gratuites pour les personnes qui n’ont pas les moyens, des permanences sont organisées dans les Barreaux.

En outre, pour ma part, lorsqu’une personne vient me consulter, qu’elle va engager une procédure au titre de l’aide juridictionnelle, qu’elle m’a remis un dossier d’aide juridictionnelle complet, je  lui demande souvent de rien me régler pour la consultation.

J’innove tous les jours mais je n’ai reçu aucun prix pour avoir permis certains de mes clients d’accéder au droit.

L’innovation nous est servie à toutes les sauces: innovez, innovons dit le CNB, disent les ordres, disent les intervenants des colloques sans nous donner aucune recette ni nous aider à trouver les ingrédients pour nous permettre cette innovation.

Nos institutions représentatives seraient-elles en panne d’inspiration ?

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