Me Michèle BAUER, avocate intervenant en droit pénal à Bordeaux depuis 2003, plaide devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux et la Cour d’assises de la Gironde. Membre du Syndicat des avocats de France (SAF), elle est mobilisée contre la loi SURE justice criminelle aux côtés de l’ensemble de la profession.
Elle intervient pour les justiciables de Bordeaux, Mérignac, Talence, Pessac, Gradignan, Bègles, Cenon, Lormont et du Bassin d’Arcachon. L’aide juridictionnelle est acceptée sous conditions de ressources.
La loi SURE justice criminelle portée par Gérald Darmanin concentre en onze articles une attaque sans précédent contre les fondements de notre procès pénal. Plaider coupable criminel, jury populaire supprimé, détention illégale banalisée, données ADN livrées à des sociétés américaines sans consentement : le projet de loi dit SURE menace à la fois les victimes, les accusés et chaque citoyen. Son titre officiel — loi sur la justice criminelle et le respect des victimes — est pourtant un mensonge. Ce texte ne protège pas les victimes. Il les efface. Je vous explique pourquoi.
En tant qu’avocate intervenant en droit pénal, syndiquée au SAF et mobilisée contre cette réforme, je vous propose ici une analyse complète et pédagogique de ce que la loi SURE justice criminelle va changer concrètement. Pour aller plus loin, consultez également le site Sans SURE, qui recense l’ensemble des positions des organisations professionnelles.
Loi SURE justice criminelle : une réforme à budget zéro qui supprime le procès
L’engorgement de la justice criminelle est réel. Trois à quatre ans d’attente avant un procès pour viol, c’est inacceptable et les victimes en souffrent les premières. Or Gérald Darmanin ne prévoit pas un euro de budget supplémentaire pour y remédier. Sa solution consiste donc à supprimer l’audience, à remplacer le procès par un QCM et à vider les stocks sans juger. C’est précisément ce que dénoncent, dans une mobilisation inédite, le Conseil national des barreaux (CNB), le Syndicat des avocats de France, le Syndicat de la Magistrature, la Défenseure des droits, l’Union des Jeunes Avocats de Paris et des dizaines de barreaux, dont Marseille à l’unanimité.
Les six dangers de la loi SURE justice criminelle
⚖️ Danger n°1 de la loi SURE justice criminelle : le plaider coupable criminel
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La mesure phare — et la plus dangereuse |
Le cœur du texte crée une procédure de « jugement des crimes reconnus » : si l’accusé reconnaît les faits, le procureur lui propose une peine réduite. Ainsi, trois magistrats homologuent l’accord en une après-midi, sans jury, sans audience publique, sans témoins, sans experts. Pour les viols, homicides et violences graves, la négociation remplace donc le procès.
La mécanique est pourtant perverse. En effet, la peine proposée étant plus faible, l’accusé, même innocent, subit une pression structurelle pour répondre oui. Par peur d’une condamnation plus lourde, il accepte. Ce n’est pas une reconnaissance libre de sa culpabilité : c’est du chantage institutionnel à l’aveu.
Le précédent américain : 44 % d’erreurs judiciaires
Aux États-Unis, où le plaider coupable est légion, il représente 44 % des affaires dans lesquelles une erreur judiciaire a été reconnue. Or importer ce mécanisme dans notre loi SURE justice criminelle sans en mesurer les risques, c’est ouvrir la porte à des condamnations d’innocents. Par ailleurs, l’universitaire Benjamin Fiorini le dit sans détour : avec ce plaider coupable criminel, le procès Mazan n’aurait pas eu lieu.
La vérité judiciaire ne se réduit pas à la culpabilité. Seule l’audience criminelle permet de comprendre : pourquoi le passage à l’acte? Comment la victime fait-elle face au traumatisme ? Ce projet de loi efface tout cela pour remplacer une justice humaine par une mécanique gestionnaire.
👥 Danger n°2 de la loi SURE justice criminelle : les victimes effacées
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Ce que la loi SURE retire réellement aux victimes |
Le titre de cette loi ment. Elle prétend respecter les victimes et pourtant elle leur retire précisément ce qu’elles attendent : le droit de parler. Plus d’audience, plus de témoins à leur demande, plus d’experts auditionnés. La victime peut certes déposer des « observations » écrites,mais c’est tout.
Ce que veulent les victimes, c’est être entendues. Entendues dans les commissariats, sans classements sans suite. Entendues aussi au procès, protégées de la victimisation secondaire. En revanche, ce que leur offre la loi SURE justice criminelle, c’est l’effacement pur et simple.
Dix jours pour capituler ou attendre cinq ans
Concrètement, la loi impose un délai de dix jours à la victime pour accepter ou refuser le plaider coupable proposé par le procureur parfois sans avoir pu consulter son avocat. La menace est à peine voilée : refusez, et votre dossier sera peut-être jugé dans cinq ans. C’est pourquoi ce n’est pas un choix : c’est une capitulation sous contrainte, une violence supplémentaire infligée à celles et ceux qui ont déjà tout subi.
Ce texte crée ainsi une justice à deux vitesses. Les victimes et les accusés les plus précaires, les moins armés pour résister à la pression d’une négociation pénale, subissent les premiers les conséquences de cette logique gestionnaire. Loin de corriger les inégalités de la justice pénale, la loi SURE les aggrave.
Communiqué commun SAF / Syndicat de la Magistrature / Colère Noire
🏛️ Danger n°3 de la loi SURE justice criminelle : la disparition du jury populaire et de la presse
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La démocratie judiciaire sacrifiée |
La loi SURE justice criminelle accélère l’extension des cours criminelles départementales au détriment des cours d’assises. Dans ces cours criminelles, le jury populaire disparaît. Des magistrats professionnels jugent donc seuls, assistés d’avocats honoraires ou de « citoyens assesseurs » choisis, non tirés au sort, rémunérés en vacation. Ce n’est plus la justice rendue au nom du peuple français depuis 1791 : c’est une justice de substitution recrutée à budget constant.
La Défenseure des droits est formelle dans son avis du 1er avril 2026 : là où la présence d’un jury populaire répond à une exigence démocratique, les citoyens assesseurs répondent en revanche à un souci pur et simple d’économie.
Les journalistes, victimes oubliées de la loi SURE
Avec le plaider coupable criminel, la présence de la presse aux audiences sera limitée. Or c’est précisément la présence des journalistes au procès Mazan qui a permis à la société de prendre conscience de ce qu’est la soumission chimique et de la souffrance de Gisèle Pelicot. Sans eux, cette prise de conscience collective n’aurait pas eu lieu.
La publicité des débats est une garantie fondamentale de l’État de droit. L’éteindre sur les crimes les plus graves, c’est laisser les violences prospérer dans l’ombre. Les journalistes sont ainsi des victimes de cette loi au même titre que les justiciables : on leur retire le droit d’informer et on retire aux citoyens le droit d’être informés.
⛓️ Danger n°4 de la loi SURE justice criminelle : la détention illégale banalisée
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La disposition la plus grave, la moins commentée |
L’article 9 du projet de loi crée un « sas de détention ». Concrètement, une personne dont la détention provisoire est devenue irrégulière, parce que les délais légaux ont été dépassés ,reste en prison malgré tout. On fait ainsi payer à l’individu les lenteurs et les défaillances de l’institution judiciaire elle-même.
La règle est pourtant absolue : une privation de liberté n’existe que dans le strict respect de la loi. Si ce cadre n’est plus respecté, la personne doit être libérée immédiatement. Ce n’est pas une option, c’est l’État de droit, la prohibition de la détention arbitraire. Or avec la loi SURE justice criminelle, ce principe est donc délibérément contourné.
Le
CNB qualifie cet article 9 de « gravité exceptionnelle » : il neutralise les garanties attachées au contrôle de la détention provisoire et porte une atteinte directe au principe selon lequel la liberté doit demeurer la règle et la détention l’exception. En introduisant ce mécanisme de rattrapage, Gérald Darmanin ne réforme donc pas la justice : il la pervertit.
🧬 Danger n°5 de la loi SURE justice criminelle : nos données ADN livrées à des sociétés américaines
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Une atteinte grave à la vie privée et au RGPD |
Le diable se cache dans les détails. La Loi SURE prévoit une disposition qui devrait alarmer chaque citoyen. En effet, la loi SURE justice criminelle autorise la comparaison de traces ADN avec des bases de données de sociétés privées étrangères, notamment américaines ,de type tests génétiques récréatifs. Des millions de personnes ont confié leurs données biologiques à ces plateformes pour retrouver leurs origines. Elles ne s’attendaient certainement pas à alimenter des enquêtes criminelles françaises.
Aucune garantie, aucun consentement, aucune consultation éthique
Il n’y a pas de fiabilité technique de ces sociétés, ni de vérification du consentement des personnes figurant dans ces bases. De plus, le Comité national d’éthique n’a pas été consulté. Des innocents pourraient donc se retrouver soupçonnés par une simple corrélation indirecte avec l’ADN d’un suspect. Une fois cette porte ouverte, rien ne garantit qu’elle se referme.
Le ministère public est là pour protéger la société, pas pour livrer les données génétiques des citoyens à des entreprises privées sans leur consentement. C’est ainsi une violation caractérisée du RGPD et du droit fondamental à la vie privée, garanti par la Convention européenne des droits de l’homme.
⏱️ Danger n°6 de la loi SURE justice criminelle : les droits de la défense écrasés
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L’équilibre du procès pénal délibérément rompu |
Pendant que Gérald Darmanin nous parle de victimes, il glisse dans son texte des dispositions qui fragilisent la défense de tous les justiciables. Ainsi, le délai pour soulever certaines nullités pendant l’instruction passe de six mois à trois. Trois mois seulement pour analyser un dossier souvent constitué de milliers de pages, technique et complexe.
Une inégalité structurelle assumée entre défense et parquet
Ces contraintes ne s’imposent qu’à la défense, pas au ministère public. En effet, le parquet garde toutes ses marges de manœuvre, tandis que la défense doit se taire vite. L’égalité des armes, principe cardinal du procès équitable garanti par la Convention européenne des droits de l’homme, est donc délibérément sacrifiée. C’est pourquoi le SAF et l’UJA dénoncent ce déséquilibre avec force.
La vidéoconsultation en garde à vue : la dignité comme variable d’ajustement
Par ailleurs, la loi SURE justice criminelle prévoit de remplacer l’examen médical physique en garde à vue par une simple vidéoconsultation durant les premières vingt-quatre heures. Or un médecin ne peut pas évaluer l’état réel d’une personne en état de choc à travers un écran. Supprimer l’examen en présentiel revient donc à traiter la dignité des personnes privées de liberté comme une formalité administrative. C’est inacceptable.
Loi SURE justice criminelle : la vraie solution, c’est le budget
Les délais d’attente se résolvent en allouant les moyens : des magistrats, des greffiers, des présidents d’assises. En effet, la France figure parmi les pays européens au plus faible nombre de juges et de procureurs par habitant, comme le rappelle la Défenseure des droits en citant les données de la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ). La réponse à cette carence, c’est donc le budget, pas la destruction du procès.
Ce projet de loi SURE justice criminelle expulse les citoyens des cours d’assises, qui rendent la justice au nom du peuple français depuis 1791. Il remplace ainsi une justice humaine par une mécanique gestionnaire, sans un euro supplémentaire. Le texte passe au Sénat les 13 et 14 avril 2026. Or quand avocats, magistrats, Défenseure des droits et universitaires s’unissent pour refuser une réforme, c’est qu’elle est mauvaise.
FAQ — Loi SURE justice criminelle : vos questions
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Qu’est-ce que le plaider coupable criminel de la loi SURE justice criminelle ? |
C’est une procédure permettant à un accusé qui reconnaît les faits de se voir proposer une peine réduite par le procureur, sans procès. Trois magistrats homologuent l’accord sans jury, sans audience publique, sans témoins ni experts. Elle s’applique à tous les crimes — viols, homicides, violences graves — sauf ceux relevant de la cour d’assises spéciale. Elle peut ainsi déboucher sur une peine allant jusqu’à trente ans de réclusion, négociée dans un bureau.
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La loi SURE justice criminelle protège-t-elle vraiment les victimes ? |
Non. Malgré son titre, ce texte retire aux victimes le droit de parler à l’audience et de faire entendre leurs témoins. Elles disposent en outre de seulement dix jours pour accepter ou refuser le plaider coupable, sous menace de voir leur dossier repoussé de plusieurs années. C’est une pression déguisée en choix.
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Quelles institutions s’opposent à la loi SURE justice criminelle ? |
Le CNB, le SAF, le Syndicat de la Magistrature, l’UJA, la Conférence des Bâtonniers, le barreau de Marseille à l’unanimité, la Défenseure des droits, des universitaires dont Benjamin Fiorini, ainsi que de nombreux barreaux locaux dont celui de Bordeaux. Rendez-vous sur sanssure.com/agir pour les outils de mobilisation citoyenne.
Mis en cause ou victime devant la Cour d’assises de la Gironde ou le Tribunal correctionnel de Bordeaux ?
Me Michèle BAUER reçoit en consultation à Bordeaux et au Bassin d’Arcachon. En tant que pénaliste mobilisée contre la loi SURE justice criminelle, elle défend vos droits avec engagement devant toutes les juridictions pénales de la Gironde.
Elle assure la défense des prévenus et l’assistance aux victimes devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux, la Cour d’assises de la Gironde et la Cour criminelle départementale.
📍 Cabinet principal : 33 Cours Pasteur, Bordeaux
📍 Cabinet secondaire : Gujan-Mestras (Bassin d’Arcachon) — sur rendez-vous uniquement le samedi
📞 05 47 74 51 50 ou 06 50 30 34 69
Consultation : 40 € TTC 20 mn · 96 € TTC au-delà · Urgence 120 € · Visioconférence disponible