Mis à jour 17 mai 2026
Les clichés du cinéma sur les avocats et les autres
Il existe un livre que tout avocat cinéphile devrait lire , de préférence sans miroir à portée de main. Tous les clichés du cinéma de Philippe Mignaval (éditions Fetjaine, 2012) est un répertoire malicieux des poncifs et invraisemblances du 7e Art. Classé par thèmes: films de guerre, westerns, polars, comédies, il traque avec jubilation tout ce que le cinéma répète inlassablement depuis cent ans. Dont, bien entendu, les clichés sur les avocats.
Les clichés du cinéma sur les avocats
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L’avocat héros au mépris de toute logique commerciale |
Voici donc, tels qu’ils apparaissent dans le livre, les grands classiques de l’avocat au cinéma :
- Le héros avocat ne défendra, au mépris de toute logique commerciale, que de justes causes et des clients insolvables. En effet, un avocat de cinéma qui demande des honoraires, ça ne fait pas bien. La noble cause exclut la facture.
- Le héros avocat gagnera à la loyale grâce à un plaidoyer poignant qui fera pleurer même le Président et l’accusation. Ainsi, peu importe la solidité du dossier, les pièces et les témoins, une belle tirade suffit. Le jury fond en larmes, l’accusation se rend, la salle applaudit.
- À la fin du procès, la vérité éclate toujours. L’avocat héros aura brisé le faux témoin, découvert le vrai coupable et réhabilité son client innocent. Dans les dix dernières minutes, bien sûr.
En tant qu’avocate, je confirme que la réalité est quelque peu différente. Concrètement, un plaidoirie poignante ne remplace pas un dossier solide. Et les clients insolvables existent, mais les factures aussi. Pour en savoir plus sur ma façon de travailler :
mes honoraires.
Les autres clichés, non moins savoureux
L’heure des aveux et les suspects qui parlent
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La vérité est irrésistible au cinéma |
L’heure des aveux : à la fin, il suffit que le flic héros énonce le déroulement des faits qu’il a brillamment reconstitué pour que les criminels avouent, tant la vérité est irrésistible. Nul besoin de preuves, de confrontations ou de procédure. La reconstitution verbale du détective suffit à faire craquer le coupable. Tout avocat de la défense appréciera.
Les pièges qui fonctionnent encore : les pièges tendus il y a 3 000 ans, flèches empoisonnées, grilles, rochers, fonctionnent toujours sans défaillance. En revanche, la fibre textile retrouvée dans la voiture du suspect proviendra d’un porte-jarretelles artisanal fabriqué dans une petite ville du Tennessee, et non pas made in Taïwan à cinq cent mille exemplaires.
Les femmes au cinéma : jamais prises en défaut
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Coiffées, maquillées , même à l’âge de pierre |
Au réveil, toute femme sera coiffée, maquillée et n’aura jamais bavé sur l’oreiller. C’est une loi du cinéma aussi immuable que la gravité. Par ailleurs, même si le film se passe au temps des cavernes, les femmes auront les jambes et aisselles épilées. La continuité historique perd face à l’esthétique hollywoodienne.
Notons aussi que le mort-vivant désarticulé qui marche d’un pas titubant rattrapera immanquablement la fille qui court. Et que toutes les fenêtres de Paris donnent sur la Tour Eiffel, sans exception.
Le soldat et la photo de sa fiancée
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La loi du cinéma : montrer la photo = mourir dans dix minutes |
Le livre recense aussi les grands classiques des films de guerre. Ainsi, le soldat qui montre la photo de sa fiancée avant l’assaut meurt immanquablement dans les dix minutes. C’est une sentence sans appel, aussi sûre que le minuteur sur la bombe des méchants, qui informe utilement le héros du temps qu’il lui reste.
En outre, le serial killer conduit toujours une vieille camionnette blanche. Le ponte de la mafia, une limousine noire. Et les chiens, eux, sont immortels, sauf dans les films d’horreur où ils meurent les premiers, par loi du crescendo.
L’avis de Me Bauer : à lire.
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Un livre drôle, bien fourni, sans lassitude |
Philippe Mignaval cible bien ses clichés, pour la plupart très vus et revus. En lisant, on voit les scènes dans sa tête. On éclate de rire. Et on se demande comment on n’avait pas remarqué ça avant. Le livre est assez fourni pour ne pas laisser frustré et pas trop long pour ne pas lasser. C’est agréable, c’est divertissant, et c’est précis.
Un bémol personnel : l’avocat héros du cinéma vit dans un monde où les bons gagnent toujours et où les honoraires n’existent pas. Ce monde-là est beau. Il n’existe pas. Mais le cinéma, c’est fait pour ça.
Fiche du livre
| ℹ |
Tous les clichés du cinéma — Philippe Mignaval |
| Auteur |
Philippe Mignaval |
| Sous-titre |
Répertoire malicieux des poncifs et invraisemblances du 7e Art |
| Éditeur |
Fetjaine |
| Parution |
Juin 2012 — 268 pages |
| Genre |
Humour / Cinéma |
| ISBN |
978-2354253332 |