Me Michèle BAUER, avocate pénaliste à Bordeaux depuis 2003, défend les prévenus et assiste les victimes devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux et la Cour d’assises de la Gironde ainsi que la Cour criminelle.
Son cabinet traite régulièrement des dossiers de délits routiers : délit de fuite, conduite sous l’empire d’un état alcoolique, homicide involontaire, violences avec véhicule. Elle obtient des relaxes lorsque les éléments constitutifs de l’infraction ne sont pas réunis.
Elle intervient pour les particuliers de Bordeaux, Mérignac, Talence, Pessac, Gradignan, Bègles, Cenon, Lormont et du Bassin d’Arcachon.
>> L’aide juridictionnelle est acceptée sous conditions de ressources et selon les dossiers.
Mis à jour le 18 mars 2026.
La relaxe est toujours possible, même en matière de délit de fuite. C’est ce que j’ai obtenu devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux dans un dossier où mon client avait quitté les lieux d’un accident après s’être brièvement arrêté. Pourtant, le parquet l’avait convoqué pour délit de fuite. Voici pourquoi le tribunal l’a relaxé, et ce que cela révèle sur les véritables éléments constitutifs de cette infraction.
Délit de fuite : éléments constitutifs, relaxe et jurisprudence
Qu’est-ce que le délit de fuite ?
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Définition légale et textes applicables |
Le délit de fuite trouve son fondement dans l’article 434-10 du Code pénal, auquel renvoie l’article L. 231-1 du Code de la route. Ce texte vise tout conducteur d’un véhicule ou engin terrestre, fluvial ou maritime qui, après avoir causé ou occasionné un accident, ne s’arrête pas et tente ainsi d’échapper à sa responsabilité pénale ou civile.
La peine encourue est sévère : trois ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Des peines complémentaires s’y ajoutent, notamment la suspension du permis de conduire (art. 434-45 C. pén.).
Mais attention : des peines lourdes sur le papier ne signifient pas une condamnation automatique. Comme beaucoup d’ infractions pénales, le délit de fuite exige la réunion de deux éléments cumulatifs, un élément matériel et un élément moral. L’absence de l’un d’eux conduit à la relaxe.
Quels sont les éléments constitutifs du délit de fuite ?
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Élément matériel et élément moral : deux conditions indispensables |
L’élément matériel
L’élément matériel repose sur trois composantes. D’abord, l’auteur doit conduire un véhicule ou engin des catégories visées par le texte (terrestre, fluvial ou maritime). Ensuite, un accident doit s’être produit, que le conducteur en soit directement responsable ou simplement l’un des facteurs déclencheurs. Enfin, le conducteur doit ne pas s’être arrêté après l’accident, l’arrêt constituant la modalité attendue pour permettre l’identification et la constatation des circonstances.
L’élément moral : un dol spécial exigeant
C’est ici que se jouent la plupart des relaxes. Le délit de fuite n’est pas une infraction matérielle pure, il exige un dol spécial. Autrement dit, le défaut d’arrêt doit s’inscrire dans une intention précise : tenter d’échapper à la responsabilité pénale ou civile susceptible de résulter de l’accident.
La Cour de cassation l’exige clairement : les juges du fond doivent constater expressément, d’une part, que le conducteur avait conscience d’avoir causé ou occasionné un accident, et d’autre part, qu’il avait la volonté d’éluder les responsabilités qui en découlaient (Cass. crim., 25 sept. 2024, n° 23-87.007).
Des indices factuels, comme l’état d’imprégnation alcoolique ou un véhicule endommagé, ne suffisent pas à établir cet élément moral. Le tribunal doit motiver expressément sa décision sur ce point. À défaut, la condamnation est cassée.
La relaxe que j’ai obtenue devant le Tribunal correctionnel
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Un accident classique, une garde à vue, et finalement une relaxe |
Les faits
Mon client circule en voiture lorsqu’un conducteur ouvre sa portière sans regarder. Le véhicule de mon client passe au même moment — la portière est arrachée. Il s’agit d’un accident banal, classique même. Mon client s’arrête un court instant, puis rentre chez lui.
Quelques heures plus tard, la police se présente à son domicile, le place en garde à vue et lui notifie, à sa sortie, une convocation devant le Tribunal correctionnel pour délit de fuite.
L’argument décisif
Pour obtenir la relaxe, j’ai démontré que l’élément moral du délit de fuite faisait défaut. En effet, mon client n’avait aucune intention de fuir sa responsabilité. Il s’était arrêté — volontairement, suffisamment longtemps pour permettre à la victime de noter son numéro d’immatriculation. Or, c’est exactement ce qu’avait fait la victime. Elle avait relevé la plaque, ce qui explique d’ailleurs comment la police avait retrouvé mon client.
La jurisprudence est constante sur ce point : ne commet pas le délit de fuite le conducteur qui, après un accrochage, s’est arrêté pendant un temps suffisamment long pour permettre son identification (Crim., 16 janv. 1958, bull. civ. n° 67, Dalloz 1958.450). Par ailleurs, si le conducteur repart après s’être arrêté, une condamnation n’est envisageable que si les juges constatent qu’au moment de son départ, il avait conscience que personne n’avait pu relever son identité (Crim., 17 janv. 1973, bull. civ. n° 21, Dalloz 1973.243).
La décision
Le tribunal a suivi ce raisonnement. L’élément moral du délit de fuite n’étant pas constitué, il a prononcé la relaxe. Mon client n’avait pas cherché à fuir sa responsabilité et la victime elle-même l’avait bien compris, puisqu’elle avait noté son numéro de plaque dès le premier instant.
Jurisprudence récente : quand la Cour de cassation casse les condamnations pour délit de fuite
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Deux arrêts récents qui ouvrent la voie à la relaxe |
Arrêt du 25 septembre 2024 — insuffisance de motivation sur l’intention
Dans cet arrêt, la chambre criminelle casse une condamnation pour délit de fuite au motif que la Cour d’appel avait fondé sa décision sur des indices factuels, état d’imprégnation alcoolique du prévenu, véhicule endommagé, sans établir expressément deux éléments distincts : la conscience d’avoir causé un accident et la volonté d’échapper à la responsabilité qui en résultait (Cass. crim., 25 sept. 2024, n° 23-87.007).
Cet arrêt pose une exigence de motivation autonome sur ces deux points. En d’autres termes, la simple présence d’indices matériels ne suffit plus, les juges du fond doivent motiver expressément sur l’intention.
Arrêt du 1er octobre 2025 — incompatibilité avec les violences volontaires
La Cour de cassation va plus loin encore dans cet arrêt. Elle juge que la qualification de délit de fuite est incompatible avec les faits relevant de violences volontaires commises à l’aide d’un véhicule (Cass. crim., 1er oct. 2025, n° 24-86.411). La logique est claire : le délit de fuite s’attache à la fuite consécutive à un accident, c’est-à-dire à un fait non intentionnel. Lorsque le dommage est volontairement recherché, il ne s’agit plus d’un accident au sens de l’incrimination, et la qualification de délit de fuite tombe.
La Cour casse alors la déclaration de culpabilité pour ce chef par voie de retranchement, sans renvoi, anéantissant ainsi la condamnation au titre du délit de fuite.
Comment obtenir une relaxe pour délit de fuite ?
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Sur quels arguments fonder la défense ? |
La discussion contentieuse se concentre sur deux axes principaux. En premier lieu, l’absence de conscience de l’accident : si le prévenu n’a pas eu conscience de causer ou d’occasionner un accident — notamment en cas de choc imperceptible ou de conditions de visibilité particulières — l’élément moral fait défaut.
En second lieu, l’identification rendue possible : si le prévenu s’est arrêté suffisamment longtemps pour permettre son identification, ou si la victime a pu relever son numéro d’immatriculation, la volonté d’échapper à la responsabilité est difficile à établir. C’est précisément l’argument qui a conduit à la relaxe dans mon dossier.
Par ailleurs, lorsque les faits relèvent d’un acte intentionnel — et non d’un accident —, la qualification de délit de fuite est techniquement inapplicable selon la jurisprudence la plus récente de la Cour de cassation.
La relaxe n’est pas réservée aux cas extrêmes. Elle repose sur une analyse rigoureuse des faits et une connaissance précise des exigences jurisprudentielles. Consultez un avocat pénaliste dès la garde à vue , pas après.
FAQ — Délit de fuite
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Quelle est la peine pour un délit de fuite en France ? |
Le délit de fuite est puni de 3 ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Des peines complémentaires s’y ajoutent : suspension ou annulation du permis de conduire, interdiction de conduire certains véhicules, travail d’intérêt général. En pratique, les tribunaux prononcent souvent une peine d’emprisonnement avec sursis et une suspension de permis pour un premier dossier sans antécédents.
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Peut-on commettre un délit de fuite sans s’en rendre compte ? |
Oui — et c’est précisément pourquoi la loi exige un dol spécial. Si le conducteur n’a pas eu conscience de causer un accident (choc imperceptible, nuit, conditions météo), l’élément moral fait défaut. Le parquet doit donc prouver que le prévenu savait qu’il avait causé un accident et qu’il a volontairement décidé de ne pas s’arrêter. Sans cette double preuve, la relaxe reste possible.
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Le délit de fuite s’applique-t-il si personne n’a été blessé ? |
Oui. Le texte vise le fait de ne pas s’arrêter après avoir « causé ou occasionné un accident » — et non uniquement un accident corporel. Un simple accrochage matériel suffit donc à constituer l’élément matériel. Toutefois, l’exigence d’un élément moral demeure dans tous les cas.
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Faut-il un avocat dès la garde à vue pour délit de fuite ? |
Oui, et c’est crucial. Ce que vous dites en garde à vue peut se retourner contre vous. Un aveu sur votre conscience d’avoir causé l’accident, même involontaire, suffit à établir l’élément moral de l’infraction. Un avocat pénaliste vous conseille dès la première heure pour éviter ces pièges et préparer votre défense dès le début de la procédure.
Vous êtes convoqué au Tribunal correctionnel pour délit de fuite à Bordeaux ?
Garde à vue, convocation au tribunal correctionnel ou appel devant la Chambre des appels correctionnels : consultez Me Michèle BAUER sans attendre.
Me Michèle BAUER analyse votre dossier, évalue les chances de relaxe et vous représente devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux et la Cour d’appel de Bordeaux. Elle intervient aussi en matière de droit routier, d’homicide involontaire et de blessures involontaires.
📍 Cabinet principal : 33 Cours Pasteur, Bordeaux
📍 Cabinet secondaire : Gujan-Mestras (Bassin d’Arcachon) — sur rendez-vous uniquement le samedi
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Me Michèle BAUER
Avocate pénaliste · Barreau de Bordeaux
Tribunal correctionnel de Bordeaux · Cour d’assises de la Gironde · Délits routiers · Défense et assistance aux victimes
Me Michèle BAUER intervient devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux et la Cour d’assises de la Gironde ainsi que la Cour criminelle. Elle défend les prévenus, les accusés et assiste les victimes dans les affaires pénales. Elle intervient également en droit du travail et en droit de la famille. Cabinet : 33 Cours Pasteur, Bordeaux.
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