Me Michèle BAUER, avocate spécialiste en droit du travail à Bordeaux, titulaire du certificat de spécialisation depuis 2017, plaide en robe devant les Conseils de prud’hommes de Bordeaux, Libourne, Agen, Bergerac, Périgueux, La Rochelle et Paris.
📍 33 Cours Pasteur, 33 000 Bordeaux · 📍 Gujan-Mestras (Bassin d’Arcachon), droit du travail uniquement, le samedi · 📞 05 47 74 51 50
Publié le 14 avril 2014. Mis à jour le 8 mai 2026.
La robe de l’avocat : origine, symboles et mystères de l’épitoge
Vous vous êtes déjà demandé pourquoi les avocats portent une robe noire à l’audience ? Ou pourquoi certains portent de l’hermine et d’autres non ? Avocat à Bordeaux depuis plus de vingt ans, je plaide en robe chaque semaine. Voici ce que ce costume signifie et les histoires qui l’entourent.
L’origine de la robe noire : entre religion et dignité
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Du Moyen Âge à aujourd’hui : la robe comme symbole de justice |
La robe de l’avocat trouve ses origines au Moyen Âge. À cette époque, en effet, la plupart des avocats étaient aussi des religieux — les seuls suffisamment lettrés pour connaître la loi et la morale. Ainsi, l’origine de la robe d’avocat se confond avec la soutane. Le droit et la foi étaient intimement liés, et la tenue de l’avocat reflétait ce lien.
La robe noire actuelle descend directement de ce vêtement ecclésiastique. Par ailleurs, depuis 1810, la robe n’a pas changé d’aspect : de couleur noire, confectionnée grâce à 5 mètres de tissu formant de longues manches et comportant pas moins de 200 plis, elle est accompagnée d’un rabat blanc appelé « bavoir » — ce qui a valu à l’avocat le surnom de « baveux ».
La traîne et ce qu’elle signifie
La traîne de la robe d’avocat se déployait autrefois lors des cérémonies pour que ceux qui se trouvaient derrière les avocats dans le cortège gardent leurs distances. Les avocats ont aujourd’hui replié la traîne vers l’intérieur pour montrer que, malgré leur dignité, ils n’ont pas de juridiction propre et sont des auxiliaires de justice dévoués à celle-ci. Elle peut encore se déployer lors de l’enterrement d’un confrère.
Quand l’avocat peut-il porter sa robe ?
Depuis la loi du 31 décembre 1971, les avocats ne peuvent porter la robe que « dans l’exercice de leurs fonctions judiciaires », c’est-à-dire uniquement lors des audiences. Porter la robe en dehors de ce cadre, notamment sur les réseaux sociaux à des fins de communication, peut être sanctionné. En outre, le port de la robe par des personnes n’exerçant pas la profession est sanctionné d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.
La légende raconte également que l’avocat n’aura que trois robes dans sa vie. Selon Me Gabet, ancien bâtonnier du barreau de Seine-Saint-Denis : « On prête serment dans la première, on gagne sa vie dans la deuxième, et on meurt dans la troisième. » Pour contourner cette règle superstitieuse, certains avocats achètent leur troisième et leur quatrième robe au même moment.
L’épitoge : du chaperon médiéval à l’épaule gauche
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Qu’est-ce que l’épitoge et d’où vient-elle ? |
L’épitoge est la bande de tissu distinctif portée par-dessus la robe, sur l’épaule gauche. Elle se compose de deux brins dont chacun a la forme d’un trapèze : le bout large et court (la patte) se porte dans le dos, et le bout long et fin (la cornette), sur la poitrine.
Son origine : le chaperon à fourrure
À l’origine, les avocats du Moyen Âge portaient une capuche ornée de fourrure appelée chaperon. Elle a depuis été modifiée et intégrée à l’habit de l’avocat pour devenir l’épitoge. En pratique, ce chaperon était terminé par une hermine blanche, portée en principe uniquement pour les cérémonies et les audiences solennelles — c’est-à-dire en présence du roi. Malgré les injonctions des magistrats, cet accessoire a ensuite été porté de manière habituelle.
Hermine ou lapin : quelle fourrure ?
Aujourd’hui, les épitogues des avocats de province sont ornées d’une fourrure, à l’origine d’hermine, aujourd’hui souvent de lapin ou synthétique. L’hermine authentique reste un symbole de dignité — elle était réservée aux plus hauts grades académiques et judiciaires. Par ailleurs, les avocats titulaires d’un doctorat en droit portent une épitoge à trois rangs de fourrure, tradition séculaire permettant de marquer leur grade académique.
La toque, qui désignait autrefois un chapeau porté lors des audiences, est tombée en désuétude au début du XXe siècle. Concrètement, les cartons de ces toques servaient de boîtes aux lettres — c’est la raison pour laquelle la toque désigne aujourd’hui le casier dans lequel l’avocat reçoit son courrier professionnel au Palais de Justice.
L’épitoge « veuve » des avocats parisiens
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Pourquoi les avocats de Paris ne portent-ils pas d’hermine ? |
C’est l’une des questions que l’on me pose le plus souvent. Les avocats du barreau de Paris portent en effet une épitoge sans hermine — on dit qu’elle est « veuve ». Plusieurs histoires, toutes plausibles, circulent pour expliquer cette particularité.
Histoire 1 — Le deuil de Malesherbes
C’est l’explication la plus répandue. Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes était le principal avocat assurant la défense de Louis XVI lors de son procès. Ce dernier ayant été reconnu coupable de haute trahison et guillotiné, son avocat subit le même sort pour l’avoir défendu. En solidarité, ses confrères parisiens auraient tranché leur épitoge — geste de deuil qui serait devenu un usage pérenne.
Histoire 2 — Le deuil de Marie-Antoinette
Une deuxième tradition raconte qu’à la Révolution, certains avocats s’opposaient à ce que la reine Marie-Antoinette soit guillotinée. Lorsque ce fut le cas, ils coupèrent leur fourrure en signe de protestation. Ce geste de deuil aurait ensuite perduré comme usage du barreau parisien.
Histoire 3 — La défiance envers Napoléon
En vertu des lois des 16 août et 2 septembre 1790, les avocats n’avaient plus autorisation de porter leurs robes. C’est Napoléon Ier qui restitua aux avocats leur costume lors du rétablissement de la profession. Or, les avocats de Paris, pour montrer leur indépendance vis-à-vis de l’Empereur, refusèrent de porter l’épitoge. Finalement, en 1841, ils reprirent le port de l’épitoge, semble-t-il pour une raison purement pratique : au Palais de Justice, ils étaient sans cesse confondus avec les avoués.
L’explication la plus probable
Une explication plus sobre mais sans doute plus exacte se situe à la même période. Alors que les avocats étaient encore un ordre d’ecclésiastiques, l’épitoge était pourvue d’hermine uniquement lors des audiences solennelles, soit en présence du roi. Pour les audiences ordinaires, les avocats parisiens portaient leur épitoge sans hermine. Après la mort du dernier roi Capet, le port de l’hermine n’avait plus aucun sens et fut donc abandonné.
En résumé, plusieurs histoires coexistent et aucune ne fait l’unanimité. Ce qui est certain, c’est que cette absence d’hermine est devenue une marque identitaire forte du barreau de Paris — et qu’elle permet, comme le notent avec humour certains confrères, aux avocats parisiens de se distinguer immédiatement lors de leurs déplacements en province.
Les exceptions : quand l’avocat parisien porte-t-il l’hermine ?
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Trois situations où l’hermine réapparaît à Paris |
La règle du « veuvage » n’est pas absolue. En effet, un avocat parisien portera une épitoge herminée dans trois situations :
- D’abord, lors d’une audience solennelle, rentrée solennelle, prestation de serment ;
- Ensuite, devant la cour d’assises, car le jury populaire représente le peuple souverain ;
- Enfin, lorsqu’il plaide dans un tribunal hors de Paris, Bobigny, Créteil et Nanterre , pour se plier par courtoisie aux usages du barreau local.
Par ailleurs, les douze secrétaires en exercice de la conférence du stage, les anciens secrétaires, ainsi que le bâtonnier et les membres du conseil de l’Ordre de Paris portent eux aussi l’hermine à l’épitoge durant leur mandat.
En pratique, cependant, l’usage voulant que les avocats parisiens portent une épitoge herminée lors de leurs déplacements en province n’est en réalité jamais respecté, ce qui permet aux avocats parisiens de se distinguer lors des audiences de province. Je peux en témoigner directement à Bordeaux !
La robe vue de Bordeaux : ce que ce costume représente
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Ce que la robe signifie pour l’avocat et pour le justiciable |
Revêtir la robe, c’est entrer dans un autre espace. Comme l’écrivait George Bohy dans Gens de robe : « La toge fait entrer l’homme dans sa peau d’avocat, dans sa mentalité d’avocat, dans son indépendance, dans son assurance, dans son autorité d’avocat. » C’est une formule que je comprends pleinement après plus de vingt ans de barreau.
Pour vous, justiciable, la robe a aussi une utilité concrète : elle permet d’identifier immédiatement les acteurs du prétoire. L’avocat en robe est votre représentant, votre voix devant le tribunal. Elle symbolise en outre l’égalité entre tous les avocats , quelle que soit leur notoriété ou leur ancienneté ,devant le juge.
Enfin, la robe rappelle une valeur fondamentale : l’avocat est un auxiliaire de justice. Il sert la défense de ses clients et, par là, le fonctionnement de l’État de droit. C’est pourquoi, en droit du travail, en droit de la famille ou en droit pénal, je plaide avec la même robe, les mêmes convictions et le même engagement.
Vous avez un litige et souhaitez rencontrer une avocate à Bordeaux ? Je vous reçois en cabinet, par téléphone ou en visioconférence.
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Me Michèle BAUER
Avocate spécialiste en droit du travail · Barreau de Bordeaux
Titulaire du certificat de spécialisation en droit du travail depuis 2017 · Ancienne présidente de l’Institut du Droit Social du Barreau de Bordeaux (2014-2016 et 2021-2023)
Me Michèle BAUER plaide devant les Conseils de prud’hommes de Bordeaux, Libourne, Agen, Bergerac, Périgueux, La Rochelle et Paris. Elle intervient aussi en droit de la famille et en droit pénal. Cabinet : 33 Cours Pasteur, Bordeaux.
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