Me Michèle BAUER, avocate spécialiste en droit du travail à Bordeaux, titulaire du certificat de spécialisation en droit du travail depuis 2017, intervient régulièrement devant les Conseils de prud’hommes de Bordeaux, Libourne, Agen, Bergerac, Périgueux, La Rochelle et Paris.
Elle accompagne salariés et employeurs dans les litiges relatifs aux conventions de forfait en heures et en jours : nullité, inopposabilité, rappels d’heures supplémentaires et travail dissimulé.
Elle intervient pour les salariés et employeurs de Bordeaux, Mérignac, Talence, Pessac, Gradignan, Bègles, Cenon, Lormont et du Bassin d’Arcachon.
>> Elle accepte l’aide juridictionnelle sous conditions de ressources et selon les dossiers.
Mis à jour le 18 mars 2026.
La convention de forfait en heures ou en jours permet à l’employeur de gérer le temps de travail de certains cadres de façon simplifiée. En pratique, elle vise les salariés cadres qui bénéficient d’une grande autonomie. Autrement dit, ces salariés ne comptent pas leurs heures selon les horaires collectifs de l’entreprise.
Toutefois, ces conventions obéissent à des règles strictes. Lorsque l’employeur les applique sans les respecter, le salarié peut en obtenir la nullité. Il peut ensuite réclamer le paiement de toutes ses heures supplémentaires.
Voici les réponses aux questions que mes clients me posent le plus souvent, illustrées par une victoire récente obtenue devant la Cour d’appel de Paris.
Convention de forfait en heures et en jours : vos questions
Qu’est-ce qu’une convention de forfait ?
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Définition et cadre légal de la convention de forfait |
L’article L. 3121-53 du Code du travail permet à l’employeur de forfaitiser le temps de travail en heures ou en jours. Concrètement, deux types de forfait coexistent :
- Le forfait en heures — hebdomadaire ou annuel (art. L. 3121-54 C. trav.). Il concerne les cadres dont les fonctions ne les conduisent pas à suivre l’horaire collectif, ainsi que les salariés disposant d’une réelle autonomie dans l’organisation de leur emploi ;
- Le forfait en jours — annuel uniquement. C’est le plus fréquemment conclu. Les salariés concernés ne sont alors pas soumis à la durée quotidienne maximale de travail ni aux durées hebdomadaires légales.
Ces conventions sont donc réservées aux cadres autonomes. Elles ne peuvent en aucun cas s’appliquer à un salarié soumis à un horaire collectif ou dont le poste ne nécessite pas d’autonomie réelle.
Quelles sont les conditions de validité d’une convention de forfait ?
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Quelles conditions l’employeur doit-il respecter pour appliquer un forfait ? |
Pour qu’une convention de forfait soit valable, l’employeur doit réunir trois conditions cumulatives :
- Un accord collectif — la mise en place du forfait doit reposer sur un accord d’entreprise ou d’établissement ou, à défaut, sur une convention ou un accord de branche ;
- L’accord écrit du salarié — l’article L. 3121-55 du Code du travail exige expressément une convention individuelle de forfait établie par écrit et acceptée par le salarié ;
- Le suivi de la charge de travail — l’article L. 3121-59 du Code du travail impose à l’employeur de contrôler régulièrement la charge de travail du salarié soumis à un forfait.
Ces trois conditions sont cumulatives. L’absence de l’une d’elles suffit donc à remettre en cause la convention de forfait.
Que se passe-t-il si le salarié n’a pas signé la convention de forfait ?
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L’employeur peut-il appliquer un forfait sans l’accord écrit du salarié ? |
Non. Sans convention individuelle signée, l’employeur ne peut pas appliquer ce régime au salarié. La Cour de cassation le confirme clairement : même si un accord collectif prévoit le forfait, l’accord individuel écrit du salarié reste indispensable (Cass. soc., 10 mars 2004, n° 01-46.369).
En pratique, deux situations se distinguent :
- Si aucune convention écrite n’existe, la convention de forfait est tout simplement inexistante. Le salarié reste donc soumis aux règles de droit commun sur la durée du travail ;
- Si la convention existe mais ne respecte pas les conditions légales, les tribunaux la déclarent en revanche nulle (Cass. soc., 14 déc. 2016, n° 15-22.003).
Dans les deux cas, le salarié peut ensuite réclamer le paiement de toutes ses heures supplémentaires au-delà de la durée légale (Cass. soc., 29 juin 2011, n° 09-71.107).
Absence de suivi de la charge de travail : quelles conséquences ?
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Mon employeur ne contrôle pas ma charge de travail. Puis-je contester mon forfait ? |
Oui. L’absence de suivi régulier entraîne l’annulation de la convention de forfait. Le salarié peut alors réclamer ses heures supplémentaires au-delà de la durée légale (Cass. soc., 19 juin 2019, n° 18-11.391).
Par ailleurs, lorsque la clause de forfait est nulle, le salarié peut exiger une majoration calculée sur son salaire de base réel. En effet, la Cour de cassation refuse que cette majoration s’appuie sur le seul salaire minimum conventionnel (Cass. soc., 7 nov. 2021, n° 19-16.756).
L’entretien annuel prévu par le Code du travail doit aborder la charge de travail, l’organisation du temps et l’articulation vie professionnelle/vie personnelle. Si l’employeur néglige cette obligation, il s’expose à la nullité du forfait.
Comment prouver ses heures supplémentaires devant les prud’hommes ?
L’article L. 3171-4 du Code du travail organise un partage de la preuve entre le salarié et l’employeur. Concrètement, le salarié doit d’abord présenter des éléments précis. L’employeur doit ensuite justifier les horaires effectivement réalisés.
En pratique, le salarié peut donc produire :
- Un tableau détaillé de ses horaires semaine par semaine, avec les tâches accomplies ;
- Des échanges de mails tardifs avec les clients ou les équipes ;
- Des attestations de collègues ou de clients décrivant les horaires réels ;
- Des agendas professionnels mentionnant des réunions ou rendez-vous tardifs.
Par ailleurs, la charge de la preuve ne repose pas sur le seul salarié. Ainsi, si l’employeur ne produit aucun élément pour justifier les horaires réalisés, le juge peut retenir la demande (Cass. soc., 8 sept. 2021, n° 20-17.409).
Attention : accepter ses bulletins de salaire sans protestation ne vaut pas renonciation aux heures supplémentaires dues (art. L. 3243-3 C. trav.).
Victoire devant la Cour d’appel de Paris — avril 2025
Les faits
Dans cette affaire que j’ai plaidée devant la Cour d’appel de Paris, une conseillère financière travaillait pour une banque depuis 2009. Ses bulletins de salaire mentionnaient un forfait en jours. Pourtant, l’employeur ne produisait aucune convention individuelle signée par la salariée.
Ce que la Cour a jugé sur le forfait
La Cour écarte d’abord la position de la banque. En effet, un accord d’entreprise et une mention sur les bulletins de paie ne suffisent pas. À défaut de convention individuelle écrite, la Cour juge que la convention est tout simplement inexistante, et non simplement nulle. Par conséquent, la salariée reste soumise au droit commun de la durée du travail.
Sur les heures supplémentaires
La salariée produit ensuite un tableau précis de ses horaires, semaine par semaine. Elle joint également de nombreuses attestations,dont celles de deux responsables hiérarchiques. Ces derniers confirment qu’elle dépassait très largement les 35 heures. Son ancien binôme atteste qu’elle travaillait de 8h30 à 20h.
La banque objecte que la salariée n’a jamais réclamé d’heures supplémentaires pendant le contrat. La Cour écarte cet argument. Elle rappelle en effet que l’acceptation des bulletins sans protestation ne vaut pas renonciation. Par ailleurs, les heures sont dues dès lors qu’elles résultent des tâches confiées , ce que les attestations des responsables établissent ici clairement.
Résultat
La Cour infirme le jugement du Conseil de prud’hommes de Paris. Elle condamne ainsi la banque à verser 50 000 € de rappel de salaires, 5 000 € de congés payés afférents et 4 000 € au titre de l’article 700, avec intérêts au taux légal capitalisés.
FAQ — Convention de forfait : nullité et heures supplémentaires
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Mon employeur m’applique un forfait mais je n’ai rien signé. Que puis-je faire ? |
Sans convention individuelle écrite, la convention de forfait est inexistante. Vous restez donc soumis aux règles de droit commun sur la durée du travail. En conséquence, vous pouvez saisir le Conseil de prud’hommes pour obtenir le paiement de toutes les heures accomplies au-delà de la durée légale. Le délai pour agir est de trois ans à compter du jour où vous avez connu les faits (art. L. 3245-1 C. trav.).
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La mention du forfait sur mes bulletins de salaire prouve-t-elle que j’ai accepté la convention ? |
Non. La simple mention du forfait sur les bulletins de paie ne suffit pas à prouver l’existence d’une convention individuelle signée. Par ailleurs, l’acceptation de bulletins de salaire sans protestation ne vaut pas renonciation aux droits du salarié (art. L. 3243-3 C. trav.). La Cour d’appel de Paris l’a d’ailleurs confirmé dans un arrêt du 10 avril 2025 que j’ai plaidé.
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Si ma convention de forfait est annulée, sur quelle base calcule-t-on mes heures supplémentaires ? |
Lorsque la convention de forfait est nulle ou inexistante, la majoration pour heures supplémentaires se calcule sur votre salaire de base réel, et non sur le salaire minimum conventionnel. C’est un point essentiel que la Cour de cassation a précisé dans un arrêt du 7 novembre 2021 (n° 19-16.756). Cela peut donc représenter des sommes très significatives selon votre niveau de rémunération.
FAQ — Convention de forfait : employeurs
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En tant qu’employeur, quelles obligations dois-je respecter pour sécuriser un forfait en jours ? |
Trois obligations s’imposent à vous : vous appuyer sur un accord collectif valide, obtenir l’accord écrit individuel du salarié, et mettre en place un suivi effectif de la charge de travail. En pratique, cela implique notamment d’organiser un entretien annuel dédié au forfait, mentionnant explicitement la charge de travail, l’organisation du temps et l’articulation vie pro/vie perso. À défaut, vous vous exposez à une condamnation pour rappel d’heures supplémentaires potentiellement très élevé.
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Un salarié peut-il contester son forfait des années après l’avoir accepté ? |
Oui. Le délai de prescription pour agir en rappel de salaires est de trois ans. Autrement dit, un salarié peut contester son forfait et réclamer des heures supplémentaires sur les trois dernières années — même s’il n’a jamais réclamé pendant l’exécution du contrat. La Cour d’appel de Paris l’a d’ailleurs confirmé dans l’arrêt du 10 avril 2025 : l’absence de réclamation antérieure ne fait pas obstacle à la demande.
Votre convention de forfait est-elle valable ? Consultez Me Michèle BAUER à Bordeaux
Vous n’avez pas signé de convention de forfait ou il n’existe pas d’accord collectif la prévoyant, votre employeur ne suit pas votre charge de travail, vos heures supplémentaires n’ont pas été payées ?
Me Michèle BAUER analyse votre convention de forfait, évalue vos droits à rappel d’heures supplémentaires et vous représente devant le Conseil de prud’hommes. Elle intervient devant les Conseils de prud’hommes de Bordeaux, Libourne, Agen, Bergerac, Périgueux, La Rochelle et Paris.
📍 Cabinet principal : 33 Cours Pasteur, Bordeaux — à proximité immédiate du Conseil de prud’hommes
📍 Cabinet secondaire : Gujan-Mestras (Bassin d’Arcachon) — sur rendez-vous uniquement le samedi
📞 05 47 74 51 50 ou 06 50 30 34 69
Consultation : 40 € TTC 20 mn · 96 € TTC au-delà · Urgence 120 € · Consultations par téléphone et visioconférence disponibles
Me Michèle BAUER
Avocate spécialiste en droit du travail · Barreau de Bordeaux
Titulaire du certificat de spécialisation en droit du travail depuis 2017 · Ancienne présidente de l’Institut du Droit Social du Barreau de Bordeaux (2014-2016 et 2021-2023)
Me Michèle BAUER plaide régulièrement devant les Conseils de prud’hommes de Bordeaux, Libourne, Agen, Bergerac, Périgueux, La Rochelle et Paris. Elle intervient également en droit de la famille et en droit pénal. Cabinet : 33 Cours Pasteur, Bordeaux.
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