Toute la presse en a parlé, le MEDEF propose un « CDI spécial jeune » qui peut être rompu sans motif et payé moins que le SMIC (voir notamment ici et ).

Cette nouvelle proposition a essuyé de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux, certains estimant que ce serait le retour de l’esclavage ou encore du Contrat première embauche (CPE) qui est mort-né en 2006.

Alors que les jeunes, et plus particulièrement la Gen Z, sont décriés, au motif qu’ils n’adhéreraient pas à la « valeur travail » et ne penseraient qu’aux loisirs, ce syndicat d’employeurs propose pour la motiver un contrat qui ne coûte presque rien à l’entreprise durant son exécution et rien à la rupture.

La résurrection du CPE ?

Il n’est pas certain que ce genre de proposition aide à motiver les jeunes travailleurs, surtout qu’elle a déjà été évoquée, il y a vingt ans, et massivement rejetée par l’ensemble de la population.

C’est la loi sur l’égalité des chances du 31 mars 2006 qui a introduit ce CPE. L’article 8 disposait que le contrat première embauche, destiné au moins de 26 ans, pouvait être rompu sans motif durant une période de deux ans. La précarisation de l’emploi des jeunes qu’il introduisait a été dénoncée par les syndicats, les partis politiques, les étudiants et les lycéens. Début 2006, entre 400 000 et un million de manifestants syndicalistes, étudiants, lycéens et élus de gauche ont défilé dans toute la France, des universités ont été bloquées. Face à cette colère, et malgré une validation avec réserve du dispositif par le Conseil constitutionnel, les dispositions instaurant le CPE furent abrogées.

Quels sont les arguments du MEDEF pour justifier de ce retour vers le passé ?

Vingt ans plus tard, le MEDEF prétend s’inspirer du contrat à droits progressifs italien qui aurait contribué à la baisse du chômage dans ce pays. Ce contrat spécial jeunes pourrait, selon lui, réduire aussi le chômage en France.

Qu’est-ce que ce contrat à droits progressifs italien et a-t-il réellement fait baisser le chômage des jeunes travailleurs italiens ?

Ce contrat se nomme « contrat à protection croissante » et non « contrat à droits progressifs ». Il existe depuis 2014 et s’applique aux nouvelles embauches.

La conclusion de ce type de contrat donne lieu à des incitations financières. La rupture n’est pas sans motif. La sanction en cas de rupture abusive, qui est en Italie la réintégration, est remplacée par le licenciement et une indemnité selon ancienneté avec barème.

La comparaison est pour le moins faussée, de même que c l’affirmation selon laquelle ce contrat à protection croissante aurait fait baisser le chômage des jeunes.

Tel n’est pas le cas, si l’on en croit un article sur equaltimes et les statistiques sur Eurostat.

Equaltimes nous apprend en effet qu’en 2022, l’Italie se placerait à l’avant-dernière place en Europe pour le taux d’occupation des jeunes.

En 2024, l’Italie remonte un peu, se place avant la France, la Belgique, la Grèce et la Turquie notamment : elle occupe la 22e place sur 27 états membres.

Le chômage des jeunes n’a pas tant baissé que cela, puisque leur taux d’occupation des emplois est faible.

Ce contrat de travail que promeut le MEDEF est loin d’avoir mis fin à la précarité des jeunes en Italie : « Les jeunes italiens occupent une position très fragile dans un marché du travail déjà fortement dégradé » analyse Equaltimes.

Aussi, lorsque le MEDEF prétend que ce contrat aurait contribué à une baisse du chômage c’est faux, ou du moins s’il y a eu une légère baisse, c’est plus probablement parce que ce contrat est subventionné.

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