Me Michèle BAUER, avocate pénaliste à Bordeaux depuis 2003, assure la défense des personnes poursuivies devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux et la Chambre des appels correctionnels. Elle intervient notamment en matière de proxénétisme, d’infractions à la législation sur la prostitution et de toutes infractions pénales complexes.
Son cabinet défend aussi bien les prévenus que les victimes. Il assure la représentation à toutes les étapes : garde à vue, instruction, audience correctionnelle, appel et cassation.
Elle intervient pour les justiciables de Bordeaux, Mérignac, Talence, Pessac, Gradignan, Bègles, Cenon, Lormont et du Bassin d’Arcachon.
>> L’aide juridictionnelle est acceptée sous conditions de ressources et selon les dossiers.
Mis à jour le 30 mars 2026.
Il y a dix ans, j’ai défendu devant la Chambre des appels correctionnels de Bordeaux une barmaid du Bar Club Le Vénus (désormais fermé), poursuivie pour proxénétisme aggravé. Le Tribunal correctionnel de Bordeaux l’avait condamnée à une peine d’emprisonnement avec sursis. J’ai interjeté appel de ce jugement et plaidé la relaxe.
Cette affaire illustre parfaitement les difficultés de qualification de l’infraction de proxénétisme et les dérives qui peuvent survenir lorsque les éléments constitutifs ne sont pas rigoureusement établis. Voici comment j’ai construit la défense, et ce que dit la loi et la jurisprudence sur ce sujet.
Proxénétisme et défense pénale à Bordeaux : l’affaire du Bar Club Le Vénus
Le proxénétisme : définition légale et éléments constitutifs
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Articles 225-5 et 225-6 du Code pénal : trois éléments cumulatifs |
L’article 225-5 du Code pénal définit le proxénétisme comme le fait, par quiconque et de quelque manière que ce soit, d’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui, d’en tirer profit ou d’en partager les produits, de recevoir des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution, ou encore d’embaucher, d’entraîner ou de contraindre une personne à se prostituer.
L’article 225-6 du Code pénal assimile en outre au proxénétisme certains comportements connexes : l’intermédiation entre une personne prostituée et un exploitant, la facilitation de ressources fictives au profit d’un proxénète, ou le fait de vivre avec une personne se livrant habituellement à la prostitution sans pouvoir justifier de ressources personnelles correspondant à son train de vie.
Les trois éléments constitutifs
Pour que l’infraction existe, trois éléments doivent se réunir. D’abord, une condition préalable : la prostitution doit exister réellement. Ensuite, un élément matériel : l’auteur accomplit l’un des actes visés par les articles 225-5 ou 225-6. Enfin, un élément intentionnel : l’auteur agit sciemment, en connaissance de la prostitution et avec la volonté d’en tirer un avantage.
Les peines encourues
Le proxénétisme simple expose à 7 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende (art. 225-5 C. pén.). Les circonstances aggravantes — proxénétisme en bande organisée, à l’égard d’un mineur ou avec violence — portent la peine à 10 ans d’emprisonnement et 1 500 000 euros d’amende, avec application des dispositions relatives à la période de sûreté (art. 225-7 C. pén.).
L’absence de l’un de ces trois éléments suffit à écarter la qualification de proxénétisme. C’est précisément sur ce point que reposait la défense dans l’affaire du Bar Club Le Vénus.
L’affaire du Bar Club Le Vénus : une défense construite autour de l’absence de prostitution
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Pourquoi la condition préalable faisait défaut |
Ma cliente travaillait dans un bar à champagne de Bordeaux en qualité de barmaid. Le Parquet la poursuivait pour proxénétisme aggravé sur le fondement de l’article 225-5, 3° du Code pénal — elle aurait tiré profit de la prostitution d’autrui ou partagé les produits de la prostitution exercée au sein du club.
Première ligne de défense : l’absence de prostitution
La condition préalable à toute infraction de proxénétisme est l’existence réelle de la prostitution. Or, l’examen attentif du dossier révélait que les auditions des hôtesses et des clients ne faisaient pas état de prostitution. Tous décrivaient des « jeux de séduction ». L’un des clients avait même qualifié l’affaire de « vaste fumisterie ».
Concrètement, le rôle des hôtesses était de pousser à l’achat de bouteilles de champagne en étant avenantes et séduisantes — ce pour quoi elles percevaient des commissions. Aucun lien entre l’achat d’une bouteille et une prestation sexuelle ne ressortait du dossier. La séduction commerciale n’est pas la prostitution.
Deuxième ligne de défense : l’absence d’élément matériel
Le Tribunal correctionnel avait retenu que ma cliente encadrait les hôtesses et les pressait pour vendre des bouteilles. Pourtant, aucun témoignage et aucune pièce du dossier pénal ne prouvaient cet encadrement ou ces pressions. Au contraire, les hôtesses qu’elle avait recrutées témoignaient unanimement : ma cliente leur interdisait formellement toute relation sexuelle avec les clients. Les clients eux-mêmes confirmaient l’absence de pression sur les hôtesses.
Quant à l’embauche des hôtesses — que ma cliente effectuait en l’absence du gérant — elle portait sur un emploi d’hôtesse de séduction et de vente, pas sur un emploi de prostituée.
Troisième ligne de défense : l’absence d’élément intentionnel
L’infraction de proxénétisme exige que l’auteur ait eu une connaissance exacte de la prostitution et ait voulu en tirer profit. Or, ma cliente ignorait l’existence de toute prostitution dans ce club. De plus, comment vouloir tirer profit d’une activité que l’on interdit formellement à ses employées ? Cette contradiction rendait l’intention difficile à caractériser.
La condition préalable, l’élément matériel et l’élément intentionnel faisaient tous les trois défaut. J’ai donc plaidé la relaxe. Donner du rêve à des hommes un peu perdus n’est pas condamnable pénalement.
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Article de presse · Janvier 2014
Club Vénus : la gérante et les barmaids jugées en appel
BORDEAUX — Les trois femmes contestent les condamnations pour proxénétisme
En mai 2010, la police judiciaire avait fait baisser le rideau du Vénus, bar à hôtesses très fréquenté du quai des Chartrons, à Bordeaux. Son gérant, Patrick Felici, aujourd’hui expatrié au Maroc, a été condamné en mai 2013 à deux ans de prison pour proxénétisme aggravé. Son ex-compagne, Saïsa Hassane, qui gérait le restaurant Le Touareg, cours du Médoc, a été condamnée à dix-huit mois dont six avec sursis. Avec deux barmaids, condamnées le même jour à quinze et six mois avec sursis, elle a fait appel.
Les deux barmaids, défendues l’une par Me Michèle Bauer, l’autre par Me Lucrèce Tchana-Nana, ont maintenu que leur rôle se limitait à faire vendre par les hôtesses des bouteilles de champagne — car elles étaient peu payées mais intéressées aux bénéfices.
Mais il est ressorti de la procédure qu’à partir de la deuxième bouteille à 300 euros, le client pouvait accéder à un salon privé en compagnie de l’hôtesse et qu’à partir de la troisième, tout pouvait arriver. Ce qu’a soutenu l’avocat général pour qui il y avait bien un système organisé poussant à la prostitution.
Jean-Pierre Tamisier — Sud Ouest, janvier 2014 · Délibéré le 29 janvier 2014
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La jurisprudence sur le proxénétisme : ce que retiennent les juges
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Les critères que les juges vérifient systématiquement |
La jurisprudence confirme que les juges examinent les trois éléments constitutifs avec rigueur. Ainsi, dans une affaire jugée par la Cour d’appel d’Orléans le 16 septembre 2008 (n° 08/00125), la juridiction a retenu le proxénétisme aggravé dans le cadre d’un réseau organisé au sein d’une communauté. Elle a écarté l’argument tiré de la nature culturelle prétendue d’une « tontine » un système de mise en commun des fonds — pour retenir qu’il s’agissait en réalité d’une mise en commun organisée et contrainte des produits de la prostitution, avec contrôle exercé par des dirigeantes, menaces de violence et transferts de fonds à l’étranger.
En revanche, lorsque la prostitution elle-même n’est pas établie, ou lorsque l’auteur n’avait pas connaissance de son existence, les tribunaux écartent la qualification. La différence entre séduction commerciale et prostitution reste donc un enjeu central dans ce type de dossier.
Par ailleurs, les juges distinguent soigneusement le proxénétisme simple du proxénétisme aggravé. Les circonstances aggravantes, bande organisée, violence, victime mineure, abus d’autorité, alourdissent considérablement les peines et ouvrent la voie à une période de sûreté.
Chaque dossier de proxénétisme est différent. La qualification dépend entièrement des faits précis reprochés, des preuves réunies et des éléments constitutifs effectivement établis par l’accusation. Une défense rigoureuse passe par l’examen minutieux de chacun de ces points.
FAQ — Proxénétisme et défense pénale à Bordeaux
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Qu’est-ce que le proxénétisme aggravé ? |
Le proxénétisme aggravé correspond à la forme de base de l’infraction à laquelle s’ajoutent des circonstances aggravantes prévues par l’article 225-7 du Code pénal : commission en bande organisée, à l’égard d’un mineur, avec usage de violence ou de contrainte, avec abus d’autorité, ou avec usage de moyens numériques. Les peines passent alors à 10 ans d’emprisonnement et 1 500 000 euros d’amende.
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Peut-on être condamné pour proxénétisme sans avoir organisé de réseau ? |
Oui. L’article 225-5 du Code pénal vise « quiconque » et « de quelque manière que ce soit ». Un simple partage de revenus ou une cohabitation avec une personne prostituée peut suffire à caractériser l’infraction, à condition que les éléments matériel et intentionnel soient établis. Toutefois, sans prostitution préalable avérée, aucune qualification de proxénétisme n’est possible.
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Comment se défendre face à une accusation de proxénétisme ? |
La défense s’articule autour des trois éléments constitutifs. D’abord, contester l’existence même de la prostitution. Ensuite, démontrer l’absence de tout acte matériel d’aide, d’assistance, de profit ou d’encadrement. Enfin, établir que le prévenu ignorait la prostitution ou n’avait pas l’intention d’en tirer avantage. La collecte des témoignages, l’analyse des pièces du dossier et la contestation des qualifications dès l’instruction sont des étapes déterminantes.
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Quelle est la différence entre proxénétisme et travail dans un bar à champagne ? |
Un bar à champagne emploie des hôtesses dont le rôle est de séduire les clients pour les pousser à consommer. Ce type d’activité, séduction et vente, est légal. En revanche, si des hôtesses se prostituent et que leur employeur en tire profit en connaissance de cause, la qualification de proxénétisme peut s’appliquer. Tout dépend des faits précis établis par l’enquête et des preuves réunies dans le dossier pénal.
Vous faites l’objet d’une poursuite pénale à Bordeaux ou en Gironde ?
Proxénétisme, infractions à la législation pénale, défense au Tribunal correctionnel et en appel : Me Michèle BAUER analyse votre dossier et assure votre défense.
Son cabinet intervient dès la garde à vue, devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux, la Chambre des appels correctionnels et la Cour d’assises de la Gironde. Elle défend les justiciables de Bordeaux, Mérignac, Pessac, Talence, Arcachon, Gujan-Mestras, La Teste-de-Buch et de l’ensemble de la Gironde.
📍 Cabinet principal : 33 Cours Pasteur, Bordeaux
📍 Cabinet secondaire : Gujan-Mestras (Bassin d’Arcachon) — sur rendez-vous uniquement le samedi
📞 05 47 74 51 50 ou 06 50 30 34 69
Consultation : 40 € TTC 20 mn · 96 € TTC au-delà · Urgence 120 € · Consultations par téléphone et visioconférence disponibles
Dessin de couverture Gemini.
Me Michèle BAUER
Avocate pénaliste · Tribunal correctionnel de Bordeaux · Cour d’assises de la Gironde
Avocate au Barreau de Bordeaux depuis 2003 · Défense pénale · Droit de la presse · Nouvelles technologies
Me Michèle BAUER plaide devant le Tribunal correctionnel de Bordeaux, la Chambre des appels correctionnels et la Cour d’assises de la Gironde. Elle intervient également en droit du travail et en droit de la famille. Cabinet : 33 Cours Pasteur, Bordeaux.
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