Me Michèle BAUER, avocate spécialiste en droit du travail à Bordeaux, intervenant aussi en droit de la famille et en droit pénal. Ce billet d’humeur de rentrée est écrit pour les clients qui se demandent ce que fait leur avocat en septembre et pour les confrères qui se reconnaîtront.

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La rentrée des avocats à Bordeaux ressemble à celle de tout le monde : une grande pile de mails en retard. Sauf que ces mails viennent des confrères et qu’ils ont chacun leur caractère bien trempé.

La rentrée des avocats à Bordeaux : billet d’humeur

Publié le 31 août 2022, mis à jour en août 2026.

C’est la rentrée pour les avocats à Bordeaux. En ouvrant mes mails ce matin, j’ai compris que les vacances de mes confrères n’avaient pas interrompu leur activité épistolaire. L’occasion d’un petit classement.

Le retour au cabinet

J’arrive motivée après une petite marche sur les quais. Le soleil brille, les oiseaux chantent, la vie est belle. Sur mon bureau, une grosse chemise verte m’attend : les mails de la case palais, des jugements correctionnels enfin retranscrits, des dossiers de plaidoiries. L’été, le greffe vide ses placards.

J’allume l’ordinateur. Quelques mails de clients. Beaucoup de confrères. Voici ce que j’y découvre.

La sélection des mails de rentrée

20 août — OFFICIELLE : «Mon Cher Confrère, je vous rappelle être le conseil de la Société Impatiente, je suis toujours dans l’attente de vos conclusions pour le 15 octobre, merci de me les adresser afin que je puisse être en l’état pour l’audience.»

(Précision : c’est une audience de mise en état à la demande de mon client. Le délai pour conclure n’est pas encore expiré.)

22 août — OFFICIELLE : «Ma Chère Consœur, je reviens vers vous à la suite du droit de visite exercé par votre client. Le petit Adrien est revenu sans ses chaussettes jaunes et pas coiffé, et à 18h02 au lieu de 18h. Pourriez-vous intervenir auprès de Monsieur Négligeant ?»

23 août — OFFICIELLE : «Ma Chère Consœur, je vous rappelle le jugement du 30 juillet, votre client a été condamné à une indemnité au titre de l’article 700. Merci de m’adresser un chèque sous quinzaine, sinon j’exécute !»

25 août — Mon Cher Confrère : «Êtes-vous toujours le conseil de Madame ? Je n’ai pas eu le plaisir de lire vos écritures pour l’audience du 9 novembre. Pouvez-vous me les adresser ?»

Le grand classement des confrères de rentrée

Ces lettres me permettent d’affiner mon classement des confrères pénibles en vacances, en tracances, de retour, ou éternellement au boulot. Voici les quatre profils.

Le confrère « suiviste »

C’est un follower, pas silencieux comme sur les réseaux sociaux, non. Il commente sans cesse tout au long de la procédure. Au début, après vous avoir communiqué l’assignation : «vous vous constituez ?». Après avoir communiqué ses pièces sans que le juge n’ait fixé de date : «vous avez conclu ? vous comptez conclure ?».

Ce confrère ressemble à une alerte d’agenda qui déraille. Elle prévient trop tôt. Comme toutes les alarmes intempestives, il y a des jours où l’on rêve d’un geste libérateur. Je n’ai pas d’envie de meurtre, rassurez-vous. Je ressens même une certaine admiration pour eux. Rappeler à ses confrères des dates qu’ils ont déjà notées dans leur agenda ,c’est aussi louable qu’inutile.

Les confrères « facturateurs »

Ceux-là souhaitent la communication rapide des conclusions. Apparemment, ils sont amoureux du droit. Leur passion : dévorer nos écritures sur le licenciement de Madame Michu pour avoir mangé du chewing-gum pendant le travail.

Évidemment, la passion de l’argumentation n’est pas la seule explication de cet empressement. Une autre passion les anime : mettre le chronomètre pour calculer le temps passé à rédiger leurs conclusions responsives. L’été, le chronomètre est en vacances. Ces confrères rejoignent alors les suivistes : il faut rappeler au confrère de conclure pour pouvoir «facturer»,  pardon, répliquer. Leur mail se perd généralement dans la pile des retours de vacances. L’intitulé «URGENT» peut interpeller. L’inquiétude s’estompe vite quand on constate que le délai de réplique est encore très long.

Les confrères « 3 dodos chez papa, 2 chez maman »

On peut aussi les appeler les confrères «facteurs» ou «intermédiaires». Ils sont les messagers des parents en guerre pour les culottes sales et les chaussettes trouées. Reconnaissables à leur style inimitable, ils emploient allégrement «papa» et «maman» dans leurs conclusions, alors que le Code civil ne connaît que le père, la mère ou le parent.

Leur lettre a une particularité : elle est toujours improprement «OFFICIELLE» et moralisatrice. Elle nous demande d’intervenir auprès de notre client car «c’est pas gentil ce que fait le papa». À la lecture de ces injonctions, il est difficile de ne pas répondre que le cabinet n’est pas une laverie. Notre métier c’est avocat, pas maîtresse d’école.

Mais il faut répondre. Un silence peut provoquer une avalanche de rappels : le confrère voulant savoir si vous avez appelé votre client, si vous lui avez dit que ça ne se fait pas de mettre la culotte de Louise à l’envers et de lui acheter une barrette « Reine des Neiges ». La seule réponse possible reste : «Je refuse le caractère officiel de votre lettre.» Frustrer les «3 dodos chez papa et 2 chez maman» les aide à grandir. Cette réponse calme généralement le confrère  qui appartient d’ailleurs souvent aussi à la catégorie des facturateurs.

Les confrères « exécuteurs 24h/24 »

Leur passion : demander l’exécution d’un jugement deux jours après en avoir eu connaissance. Sans même attendre l’expiration du délai d’appel. Ils espèrent que le confrère entre dans la brèche, exécute et interjette appel, l’exécution valant acquiescement. L’affaire est dans le sac.

Ces confrères sont un peu fourbes. Souvent, ils n’ont pas été très loyaux durant la procédure et continuent leur déloyauté jusqu’à l’exécution. Quand aucun appel n’est interjeté, la réponse la moins fatigante est d’exécuter volontairement le jugement définitif. Si on fait appel, on communique la déclaration d’appel sans autre explication. L’arme de la frustration, encore.

Et la rentrée se termine…

Je quitte ma boîte mail après avoir adressé un mail de rappel dans un dossier où la consœur adverse n’a toujours pas conclu, l’audience est tout de même fixée au 18 octobre. Et il faut que je facture, après trois semaines de vacances.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une lettre « officielle » entre avocats ?

Le principe est la confidentialité. Toutes les correspondances entre avocats sont confidentielles par nature sans qu’il soit besoin de le mentionner (art. 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 et art. 3-1 du RIN). Elles ne peuvent être produites en justice ni levées en confidentialité. Ce secret protège le client, qui peut négocier librement par l’intermédiaire de son conseil et protège aussi l’avocat contre toute mise en cause de sa responsabilité professionnelle.

L’exception : la lettre officielle. L’article 3-2 du RIN prévoit deux cas strictement interprétés où une correspondance peut porter la mention « OFFICIELLE » et sortir du secret : d’abord, si elle équivaut à un acte de procédure (sommation de communiquer, bordereau de pièces, notification de voies de recours) ; ensuite, si elle ne fait référence à aucun écrit ou propos confidentiels antérieurs. En dehors de ces deux cas, apposer la mention « OFFICIELLE » est une violation de la déontologie.

La réponse qui refroidit tout le monde. Face à une lettre officialisée à tort, le destinataire peut simplement répondre : «Je refuse le caractère officiel de votre lettre.» Cette formule lui retire toute valeur probatoire. Et elle frustre efficacement le confrère qui en abuse.

J’ai publié une analyse complète de ces règles dans la revue Lexbase — « Le secret professionnel de l’avocat garanti ».

Secret professionnel et correspondance entre avocats

Le secret professionnel de l’avocat est une garantie fondamentale. Il couvre non seulement les échanges avec le client, mais aussi les correspondances entre avocats. Un avocat qui communiquerait à son client, en justice ou à un tiers, la lettre confidentielle d’un confrère commettrait le délit de violation du secret professionnel (art. 226-13 C. pén.) ,même si le contenu de la lettre pourrait sembler « officiel ».

Deux précisions importantes. D’abord, le Bâtonnier n’a pas le pouvoir de « déconfidentialiser » des lettres confidentielles entre avocats (Cass. civ. 1, 15 déc. 2011, n° 10-25.437). Ensuite, une lettre qualifiée d’officielle ne peut pas être rendue confidentielle a posteriori ,ce qui doit inciter à la prudence avant d’apposer cette mention.

Pratiquement : il est vivement recommandé de lire la lettre confidentielle d’un confrère à son client lors d’un rendez-vous au cabinet, plutôt que de lui en remettre une copie ou de la recopier dans une correspondance à son nom.

Qu’est-ce que la clause d’acquiescement à l’exécution ?

L’acquiescement à l’exécution d’un jugement peut, dans certains cas, valoir renonciation à l’appel. C’est pourquoi certains confrères peu scrupuleux poussent à une exécution rapide avant que le délai d’appel ne soit expiré. En cas de doute, consultez votre avocat avant tout paiement ou exécution volontaire d’un jugement.

Les avocats travaillent-ils vraiment pendant l’été ?

La plupart prennent des vacances en juillet ou août, mais les délais de procédure ne s’arrêtent pas. Les référés et les urgences continuent. Les mails de confrères impatients, eux, n’ont pas de congés. En pratique, les avocats prennent un mois de vacances en été soit en juillet, soit en août. Pour ma part, je prends trois semaines début juillet et la semaine du 15 août.

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Me Michèle BAUER

Avocate spécialiste en droit du travail · Barreau de Bordeaux depuis 2003

Titulaire du certificat de spécialisation en droit du travail depuis 2017 · Ancienne présidente de l’Institut du Droit Social du Barreau de Bordeaux (2014-2016 et 2021-2023)

Me Michèle BAUER intervient en droit du travail, en droit de la famille et en droit pénal. Cabinet : 33 Cours Pasteur, Bordeaux.

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