Me Michèle BAUER, avocate à Bordeaux depuis 2003, est opposée à la notation des avocats sur internet. Elle s’en explique depuis 2015 dans plusieurs revues juridiques et dans la presse nationale. Cet article analyse le rapport du CNB d’octobre 2019.

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En 2019, le CNB a rendu un rapport sur la notation des avocats sans poser une seule question sur le secret professionnel. Ce rapport a été rédigé avec les legaltechs — et pour elles. Je lui donne zéro pointé.

Notation des avocats : quand le CNB frôle le zéro pointé

Publié le 15 octobre 2019, mis à jour en août 2026.

La Commission Prospectives et innovation du CNB a présenté en octobre 2019 un rapport sur la notation des avocats. À sa lecture, l’envie ne manque pas de lui donner un zéro pointé  ou une seule étoile dans le ciel de Google.

Un rapport confié à la mauvaise commission

Première anomalie : ce rapport a été rédigé par la Commission Prospectives et innovation et non par la Commission Règles et Usages. Ce choix n’est pas anodin. Il révèle une volonté délibérée de ne pas réfléchir sérieusement à la notation et à sa compatibilité avec notre déontologie.

Or la Commission Règles et Usages avait pourtant tranché la question dans son avis déontologique n° 2015-019 du 18 mai 2015 : l’avocat est auxiliaire de justice, pas commerçant. Aussi les avocats ne peuvent pas publier sur leur site internet les avis de leurs clients satisfaits.

Le rapport cite bien l’arrêt Jurisystem rendu par la Cour de cassation le 11 mai 2017, qui a jugé que les avocats ne peuvent pas imposer leur déontologie aux tiers. Certes. Cependant, la profession reste une profession réglementée. Elle peut donc parfaitement décider que se prêter à la notation est contraire à la dignité, à la délicatesse et au secret professionnel et réglementer notre exercice sur internet, qui n’est pas une zone de non-droit.

Un rapport rédigé par les legaltechs, pour les legaltechs

La liste des personnes auditionnées est éclairante. Ce ne sont pas des avocats, ni des déontologues. Ce sont des  virtuels, spécialistes de la notation, autrement dit des gérants de sociétés de e-réputation ou de sites de référencement d’avocats avec possibilité de notes.

Comment accorder une quelconque crédibilité à des intervenants directs du marché du droit qui ont tout à gagner si la profession accepte de se faire noter ?

Selon ces sachants, la profession n’a pas d’autres choix que de se prêter à la notation et de retourner à l’école primaire. Leurs arguments sont indigents.

Argument n° 1 : les autres l’ont fait, donc suivons

Les autres professions, les agences de voyages notamment, ont dû s’y résoudre. Donc il faudrait y aller, pauvres moutons de Panurge que nous sommes. Cet argument par imitation ne tient pas une seconde, l’avocat n’est pas un hôtelier.

Argument n° 2 : le site avocat.fr est nul

Selon les legaltechs, avocat.fr est très mal fait et ne permet pas de choisir un avocat. L’affirmation est non seulement fausse, mais aussi gratuite. Fausse, car le site permet de filtrer par ville, domaine d’activité, spécialisations et tarifs. Gratuite, car aucune étude française n’a mesuré le mode d’acquisition de clientèle par les avocats. Les rédacteurs du rapport l’admettent eux-mêmes — et reconnaissent donc qu’ils ne connaissent pas l’impact des avis sur les avocats.

Argument n° 3 : le CNB ne peut pas contrôler les avis

Le rapport affirme que le CNB ne devrait pas contrôler les avis, car la profession ne serait pas objective et les internautes s’en méfieraient. Autrement dit : les legaltechs gardent leurs secrets techniques de notation — mais doutent de la transparence du CNB. Il ne manque pas d’audace tout de même.

Argument n° 4 : le label, usine à gaz réservée aux vieux

Le rapport exclut aussi l’idée d’un label, car le CNB ne pourrait pas suivre. Et puis, c’est bien connu, seuls les jeunes surfent sur internet. Les vieux continuent avec leur plume d’oie sur des parchemins. Ce genre d’argument dit long sur le sérieux du rapport.

Ce que le rapport oublie complètement : la déontologie

Nulle part dans ce rapport des questions ne portent sur la compatibilité de la notation avec nos principes essentiels : dignité, délicatesse et secret professionnel.

Pourtant, les risques concrets sont réels. En voici quelques-uns :

  • La notation par les adversaires. Les avocats ont des clients mais aussi des adversaires. Rien n’empêche l’adversaire de l’autre partie de se faire passer pour un client et de laisser une étoile en guise de représailles.
  • La course aux étoiles. L’avocat qui prête serment d’exercer dignement et avec probité sera-t-il tenté de recourir à ces entreprises qui récoltent des commentaires élogieux ? Certains confrères jaloux d’un ciel trop étoilé ne tenteraient-ils pas de ternir cette lumière ?
  • Le secret professionnel. Si un client poste un avis mensonger sur le traitement de son dossier, l’avocat ne peut pas y répondre sous peine de violer le secret professionnel — et de commettre une infraction pénale.

Le rapport préconise une notation de « satisfaction » plutôt que de performance, car les clients chercheraient chez leur avocat de l’humanité et de la sympathie. Si la notation se limite à «mon avocat est sympa et bien habillé», je ne vois pas l’intérêt de se soumettre à cette évaluation «Vache qui rit» ,seuls les vieux savent ce que c’est.

La résolution adoptée : beaucoup de vent

Après ce rapport, le CNB a tout de même adopté une résolution. Elle prévoit notamment :

  • Une étude d’impact mais on ne sait ni comment ni par qui (les legaltechs ?) ;
  • Une étude des aspects déontologiques — pourquoi ne pas la confier directement à la Commission Règles et Usages ? ;
  • Une réflexion sur les «bonnes pratiques des notations pour les avocats et pour les tiers». Si on réfléchit aux bonnes pratiques, cela signifie qu’on accepte la notation. J’ai bien lu ?

En conclusion, la profession se décide à réfléchir tard sur un phénomène qui existe déjà. Google permet de noter les avocats sans même qu’ils aient donné leur accord. Il devient donc urgent de trancher : les avocats veulent-ils se mettre au niveau des toilettes d’autoroute, qui acceptent la notation sans rechigner, ou estiment-ils qu’ils valent mieux que des cabinets WC ?

Mise à jour août 2026 : La question n’est toujours pas résolue. En 2023, j’ai publié un article dans la revue Actu-Juridique intitulé «\u202fLe risque de la course aux étoiles pour les avocats\u202f». Google continue de noter les avocats. La profession continue de subir. Et je continue de répondre aux avis — faute de mieux. Pour lire ma position complète et actualisée : Notation des avocats sur internet : pour ou contre ? →

Questions fréquentes

Qu’a dit le CNB sur la notation des avocats ?

En 2019, la Commission Prospectives du CNB a rendu un rapport favorable à la notation, sans analyse déontologique sérieuse. Elle a adopté une résolution prévoyant des études d’impact. En 2015, la Commission Règles et Usages avait pourtant rendu un avis clair : les avocats ne peuvent pas publier les avis de leurs clients sur leur site.

Un avocat peut-il répondre à un avis négatif ?

Oui — mais avec des contraintes fortes. Le secret professionnel lui interdit de dévoiler des éléments du dossier ou de confirmer qu’une personne est cliente. Si un client ment dans son avis, l’avocat ne peut pas se défendre sur le fond sans risquer de violer le secret professionnel et de commettre une infraction pénale.

La notation des avocats est-elle légale ?

Oui — les tiers, dont Google, peuvent noter les avocats. La Cour de cassation l’a confirmé dans l’arrêt Jurisystem du 11 mai 2017 : un avocat ne peut pas imposer sa déontologie à un tiers. En revanche, la profession peut décider que se prêter à la notation est contraire à la dignité et réglementer l’exercice de ses membres en conséquence.

Qu’est-ce que l’arrêt Jurisystem de 2017 ?

L’arrêt de la Cour de cassation du 11 mai 2017 a jugé que les avocats ne peuvent pas imposer leur déontologie aux tiers qui exploitent des sites de notation. Autrement dit, un avocat ne peut pas interdire à un site externe de le noter. Cet arrêt est souvent cité pour justifier l’inévitabilité de la notation — mais il ne règle pas la question de ce que la profession peut interdire à ses propres membres.


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Me Michèle BAUER

Avocate · Barreau de Bordeaux depuis 2003

Titulaire du certificat de spécialisation en droit du travail depuis 2017 · Ancienne présidente de l’Institut du Droit Social du Barreau de Bordeaux (2014-2016 et 2021-2023)

Me Michèle BAUER intervient en droit du travail, en droit de la famille et en droit pénal. Cabinet : 33 Cours Pasteur, Bordeaux.

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