Me Michèle BAUER, avocate à Bordeaux depuis 2003, s’est exprimée à plusieurs reprises sur la notation des avocats sur internet — dans la presse nationale, dans des revues juridiques et sur ce blog. Elle est contre la notation, et elle l’explique.

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Faut-il noter les avocats sur internet ? Je suis contre et je l’explique depuis 2015. Le secret professionnel nous condamne à subir insultes et commentaires injustes en silence, pendant que Google refuse d’effacer les faux avis.

Notation des avocats sur internet : pour ou contre ?

Article publié le 22 novembre 2015, mis à jour en août 2026 à partir de mes interventions dans la presse et les revues juridiques.

J’avais publié sur ce blog un premier billet sur les avis du CNB concernant les sites d’avocats : Mon avocat est formidable : un avocat 3 étoiles → Depuis, le sujet n’a fait que s’amplifier. En 2019, en 2023, j’ai continué à m’exprimer. Ma position n’a pas changé.

2015 : le débat avec le Village de la Justice

Dès 2015, le Village de la Justice m’a interrogée avec mon confrère Thierry Wickers sur la notation des avocats par leurs clients en ligne. Le CNB venait de rendre un avis pour une interdiction des commentaires de clients sur les sites des avocats. Voici ma position, qui reste la même aujourd’hui.

Extrait de l’interview Village de la Justice, 2015

Village de la Justice : N’est-ce pas une évolution nécessaire à l’heure où c’est le consommateur de droit qui a la main ?

Michèle Bauer : Malheureusement, c’est une évolution qui n’est pas nécessaire mais contrainte. Certaines legal start-up qui traitent la prestation juridique comme un produit ont créé un besoin chez le consommateur, celui d’avoir des avis sur les avocats. Le marché a créé artificiellement ce besoin. Et certains essaient de faire croire que cette évolution est inéluctable car si les consommateurs ne consultent pas les avocats, ce serait parce qu’ils ne peuvent pas les choisir en toute connaissance de cause. Or cette argumentation n’est pas sérieuse. Le premier frein, c’est le coût. Si ces avis doivent être acceptés, le moindre mal est qu’ils soient contrôlés par la profession pour éviter les dérives. Il est grand temps que la profession se dote d’une Charte de bonne conduite sur internet.

Thierry Wickers : À en croire Richard Barton, l’économie digitale se développe en suivant une règle très simple : «every thing that can be known will be known, everything that can be free will be free, and all that can be rated will be rated ».

Pour lire l’intégralité de ce débat : Notations et commentaires sur les avocats : pour ou contre ? Village de la Justice →

2019 : la presse nationale s’empare du sujet

En 2019, la question a pris une nouvelle ampleur. J’ai été interrogée par plusieurs titres de presse nationale sur le sujet.

Mes citations dans la presse — 2019

Aujourd’hui en France / Le Parisien, juillet 2019 :

«Pour faciliter l’accès à mon cabinet, je me suis inscrite sur l’application Google Maps. Il n’est pas possible de retirer la fonctionnalité de notation. Je suis donc notée, même si je suis contre. La relation avec nos clients est technique, nous ne sommes pas des prestataires de services. Un avocat peut recevoir une mauvaise note quand il perd un dossier, mais il n’est pas magicien, en particulier si le client a commis des actes répréhensibles et que tout va contre lui. Les clients n’ont pas la compétence juridique pour juger notre travail. Le droit est beaucoup trop complexe. Néanmoins, il faut admettre que les commentaires sur internet m’apportent de la visibilité. Je prends donc la peine d’y répondre, pour remercier les clients satisfaits, mais aussi pour gérer les retours négatifs.»

J’ai également été citée dans Ouest-France sur le même sujet. La profession est partagée, le titre le dit clairement. Et dans la Gazette du Palais ainsi que dans un article croisé publié sur Lexbase,  disponible en PDF sur ce site.

Sur ce sujet, j’avais également publié un article sur mon blog sur l’avis du CNB : Notation des avocats : l’avis du CNB → Et j’ai publié une analyse plus complète sur la notation des avocats : attention terrain miné (PDF).

2023 : la guerre des étoiles, dix ans après

En 2023, j’ai publié un article dans la revue Actu-Juridique intitulé «Avis sur internet : le risque de la course aux étoiles pour les avocats». Voici l’essentiel de ce que j’y développe.

La journée d’un avocat qui perd une étoile

«Petit cœur adorable vous a laissé un avis», ainsi débute parfois la journée d’un avocat. Un lien mène à l’avis de ce petit cœur peu étoilé : «Maître Trolos est arrogant, suffisant, il ne sait que demander de l’argent et après y a plus personne, je déconseille, à fuir».

L’avocat décortique l’avis, cherche qui se cache derrière ce pseudo ridicule. Sa moyenne passe de 4 à 3,7 étoiles sur 5. Il s’agace. Ensuite, parce qu’il est soumis au secret professionnel, il lui est interdit d’évoquer les détails du dossier pour se défendre. Il doit subir en silence.

Pas de vérification d’identité, pas de recours

En effet, n’importe qui peut laisser un commentaire, louloute34 comme Dédé le marrant, sans dévoiler son vrai nom. Google Business n’effectue aucune vérification d’identité, qui l’indique clairement. En conséquence, un adversaire qui n’a pas supporté une défense efficace peut très bien noter l’avocat de l’autre partie. Certains clients n’hésitent pas à laisser plusieurs avis avec des pseudos différents, à la limite de la diffamation, voire à cyberharceler.

  • Un client identifié laisse un commentaire dithyrambique : «Super avocat, après vingt ans d’ancienneté, il a fait condamner mon employeur». La moyenne remonte.
  • Un adversaire anonyme laisse une étoile. L’avocat ne peut pas répondre sans violer le secret professionnel.
  • Google refuse d’effacer les avis injustes, même avérés.

La dépendance à Google Business

En outre, selon une étude Opinion Way citée dans mon article,  des clients viennent consulter un avocat par le bouche-à-oreille, ou l’ont trouvé sur internet, dont 43% via le site de l’avocat lui-même et 38% via les avis, à égalité avec le site du barreau. Ainsi, les étoiles comptent, mais elles ne sont pas le seul vecteur, loin de là.

En revanche, cette dépendance à Google Business porte atteinte à l’indépendance de l’avocat inscrite dans notre serment. Par ailleurs, certains clients n’hésitent pas à s’en servir comme menace : «Ne vous avisez pas de me poursuivre devant le bâtonnier, sinon je vous mets une étoile sur Google».

Ma conclusion en 2023:  toujours d’actualité

N’est-il pas temps de réfléchir plus sérieusement au danger que représente cette guerre des étoiles pour les avocats ? Jusqu’à quand accepterons-nous de nous laisser noter comme de vulgaires toilettes d’aires d’autoroute ? Quand réclamera-t-on une loi interdisant de noter les avocats au nom de la protection du secret professionnel et de l’indépendance de la profession ? J’espère la lune, laissez-moi rêver.

Ma position en 2026 : ni pour, ni résignée

⚖ Ce que je pense aujourd’hui

  • Je figure sur Google Maps par nécessité,  la fonctionnalité de notation s’impose à moi, je ne peux pas la retirer.
  • Je réponds aux avis, positifs et négatifs, pour ma visibilité et par respect des clients qui ont pris le temps de laisser un commentaire.
  • Toutefois, je reste contre la notation sur le fond. La relation avocat-client est technique, pas commerciale. Un avocat qui perd un dossier n’a pas forcément mal travaillé.
  • Je suis pour une régulation par la profession, une charte déontologique sur la notation, des règles de vérification d’identité, un droit de réponse adapté au secret professionnel.
  • Je suis pour une loi encadrant les avis non vérifiés sur les professions réglementées. Ce débat n’a pas encore abouti.

Questions fréquentes

Un avocat peut-il répondre à un mauvais avis Google ?

Oui, mais avec des contraintes très fortes. Le secret professionnel lui interdit de dévoiler des éléments du dossier ou même de confirmer qu’une personne fait partie de ses clients. En pratique, la réponse reste forcément vague : remercier pour le retour, proposer un contact direct. L’avocat ne peut pas se défendre sur le fond.

Google peut-il supprimer un faux avis sur un avocat ?

Google indique rechercher et supprimer les faux contenus lorsqu’il les identifie, mais ne les vérifie pas systématiquement. En pratique, les demandes de suppression aboutissent rarement, sauf si l’avis contient des éléments manifestement illicites. Un avis anonyme, même injuste, reste en ligne dans la plupart des cas.

Peut-on noter son avocat après une défaite au procès ?

Oui, rien ne l’en empêche légalement. C’est précisément le problème. Un avocat peut avoir parfaitement défendu son client et perdre pour des raisons totalement indépendantes de la qualité de son travail. Le client n’a pas la compétence juridique pour en juger et Google n’opère aucun filtrage.

La profession est-elle favorable à la notation en ligne ?

La profession reste partagée, comme le titrait Ouest-France en 2019. Le CNB a rendu un avis pour une interdiction des commentaires sur les sites des avocats. Mais les plateformes comme Google Maps imposent la notation sans possibilité de l’éviter. Le débat reste ouvert, sans régulation satisfaisante à ce jour.


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Me Michèle BAUER

Avocate · Barreau de Bordeaux depuis 2003

Titulaire du certificat de spécialisation en droit du travail depuis 2017 · Ancienne présidente de l’Institut du Droit Social du Barreau de Bordeaux (2014-2016 et 2021-2023)

Me Michèle BAUER intervient en droit du travail, en droit de la famille et en droit pénal. Cabinet : 33 Cours Pasteur, Bordeaux.  Photo Rodolphe ECHER publiée dans le Parisien Aujourd’hui en France le 26 07 2019

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