Publié en 2014 mis à jour le 17 mai 2026.
La Couleur des sentiments — Kathryn Stockett : coup de cœur lecture
Je viens de le terminer. Je l’ai dévoré. La Couleur des sentiments de Kathryn Stockett est de ces livres dont on ne sort pas indemne: émouvant, drôle, plein de ce qu’on appelle les « bons sentiments » sans que jamais ça soit niais. Et la critique du racisme, de la ségrégation, y est réussie. Vraiment réussie.
Le livre en quelques mots
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Roman à trois voix — publié en 2009 |
C’est une histoire à trois voix. Skeeter d’abord, la blanche, jeune bourgeoise de Jackson qui rentre de l’université et veut écrire. Aibileen ensuite, domestique noire de 53 ans, douce et résignée, qui élève les enfants des familles blanches depuis toujours. Minny enfin — domestique noire de 36 ans, rebelle, caractérielle, irrésistible.
Chacune raconte sa propre histoire, avec sa voix et sa personnalité. Ensemble, elles forment un roman polyphonique: un puzzle qui prend forme au fil des pages, comme le dit si bien le critique.
Le lieu : la ville de Jackson, dans le Mississippi. Le moment : les années 1960, à l’époque de Kennedy et de Martin Luther King. Le sujet : les bonnes noires dans le Sud ségrégationniste et trois femmes qui « veulent changer les choses ».
Trois personnages inoubliables
Skeeter, Aibileen et Minny : trois forces de caractère
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Des personnages vifs, complexes, attachants |
Skeeter (Eugenia Phelan) est une jeune femme blanche qui revient chez ses parents après ses études. Elle cherche à savoir ce qu’est devenue Constantine — la bonne noire qui l’a élevée et décide d’écrire un livre où les domestiques noires témoigneraient de leur vie quotidienne. Un projet dangereux, dans ce Mississippi des années 1960.
Aibileen a depuis longtemps appris à ne plus rien dire lorsqu’on la réprimande. Elle a perdu son fils unique dans un accident de travail. Mais en rejoignant le projet de Skeeter, elle canalise sa colère et sa frustration pour en faire quelque chose de positif. Elle croit vraiment que ce livre peut changer les choses.
Minny, quant à elle, est inégalable. Rebelle, soumise à la violence de son mari ivrogne, mais d’une irrésistible gouaille. Elle est à l’origine de la célèbre « Chose Abominable Épouvantable », une scène qui vaut à elle seule son pesant de cacao, comme le résume si bien un lecteur sur Babelio.
Le roman n’est pas manichéen pour autant. Il y a des Noirs qui battent leur épouse. Il y a aussi des Blancs qui risquent beaucoup pour faire bouger les choses. C’est cette complexité qui rend le livre si juste.
La ségrégation racontée de l’intérieur
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Jackson, Mississippi, 1963 : une réalité saisissante |
Les faits décrits par Kathryn Stockett sont saisissants mais ils ont existé. Dans ce Jackson des années 1960, les Noirs et les Blancs ne partagent ni les bus, ni les hôpitaux, ni les écoles, ni les restaurants, ni les bibliothèques. Les bonnes noires ont le droit de s’occuper des enfants blancs mais pas d’utiliser les toilettes de la maison. Au moindre faux-pas, au moindre « faux mouvement », c’est le renvoi. Ou pire.
Pourtant, Stockett ne tombe jamais dans le pamphlet. Elle raconte tout cela avec douceur, avec humour aussi, et avec une précision qui tient à son histoire personnelle : l’auteure a grandi dans le Mississippi, et ce livre est en partie inspiré de son expérience et de la bonne afro-américaine que sa famille employait.
Un chiffre qui dit tout : La Couleur des sentiments a été refusé par soixante agents littéraires avant d’être publié en 2009. À sa sortie, il s’est vendu à un million d’exemplaires aux États-Unis et a figuré pendant plus de cent semaines dans la liste des best-sellers du New York Times. En 2011, il a reçu le Grand Prix des lectrices de Elle.
Et le film ?
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L’adaptation de Tate Taylor (2011) : bien, mais le livre reste supérieur |
Un film existe, réalisé en 2011 par Tate Taylor, avec Viola Davis (Aibileen), Octavia Spencer (Minny) et Emma Stone (Skeeter). Il a connu un grand succès au box-office et Octavia Spencer y a décroché l’Oscar du meilleur second rôle.
Mais, entre nous, je reste convaincue que le film n’est pas à la hauteur du livre. Ce n’est pas rare : ce n’est pas toujours facile de retranscrire l’ambiance d’un roman dans un film. Et chacun, à la lecture, se fait sa propre idée des personnages. Aibileen, Minny, Skeeter, à la lecture, elles vous appartiennent.
Lisez d’abord le livre. Ensuite seulement, regardez le film. L’ordre a son importance.
Mon avis : à lire d’urgence
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Un roman qui résiste au temps — et à d’autres lectures |
J’ai dévoré ce livre. Il est émouvant, drôle, plein de bons sentiments sans jamais verser dans la facilité. Et la critique de la ségrégation, du racisme, y est réussie, précise, sans manichéisme, portée par des personnages qui existent vraiment.
Il y a dans ce roman une chose rare : on pense encore aux personnages après avoir refermé le livre. On voudrait savoir ce que l’avenir leur réserve. Aibileen. Minny. Skeeter. On ne les oublie pas facilement.
À lire d’urgence. Et si vous cherchez d’autres lectures pour cet été, retrouvez aussi ma critique du film Les Beaux Jours de Marion Vernoux, un autre coup de cœur, dans un genre très différent.
Fiche du livre
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La Couleur des sentiments — Kathryn Stockett |
| Titre original |
The Help |
| Auteure |
Kathryn Stockett |
| Année |
2009 (traduction française : 2010, Actes Sud / Jacqueline Chambon) |
| Genre |
Fiction historique |
| Adaptation |
Film de Tate Taylor (2011) — avec Viola Davis, Octavia Spencer, Emma Stone |
| Prix |
Grand Prix des lectrices de Elle 2011 |