Me Michèle BAUER, avocate pénaliste à Bordeaux et avocate en droit de la famille depuis 2003, reçoit régulièrement des clients qui ont déposé une main courante quand ils auraient dû porter plainte — ou l’inverse. Elle répond ici aux questions les plus fréquentes.
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La main courante constate un événement sans déclencher d’enquête. La plainte est un acte juridique qui oblige la police à enquêter. En cas d’infraction, seule la plainte vous protège vraiment.
Main courante ou plainte : que choisir ?
« Les gendarmes refusent de prendre ma plainte et m’ont fait déposer une main courante. » « Mon ex-conjoint n’a pas respecté les horaires de garde, que faire ? » Ces questions reviennent souvent. Main courante et plainte sont deux démarches distinctes, avec des conséquences juridiques très différentes.
Mis à jour le 15 août 2026.
La main courante : un constat sans enquête
Ce qu’est la main courante
La main courante est une déclaration écrite enregistrée par les forces de l’ordre (police ou gendarmerie). Elle permet de constater un événement, mais ne déclenche aucune enquête. Concrètement, les forces de l’ordre n’ont aucune obligation d’agir à la suite d’une main courante.
À quoi sert la main courante ?
- Preuve datée : elle peut servir de commencement de preuve en cas de litige ultérieur (retard dans la remise d’un enfant, départ du conjoint du domicile) ;
- Signalement : elle alerte les autorités sur une situation sans engager de poursuites ;
- Trace écrite : elle peut être jointe à un dossier ultérieur devant le juge aux affaires familiales ou les prud’hommes.
Les limites de la main courante
- Elle ne constitue pas une preuve judiciaire directement recevable en justice ;
- Elle n’oblige pas les forces de l’ordre à enquêter ni à agir ;
- Elle ne protège pas en cas d’infraction caractérisée.
En pratique, la main courante est utile pour un retard ponctuel dans un droit de visite, un conflit de voisinage sans infraction, ou un différend familial mineur. En revanche, elle ne suffit pas face à des violences, une non-représentation d’enfant répétée ou toute infraction pénale.
La plainte : un acte juridique qui déclenche une enquête
Ce qu’est la plainte
La plainte est un acte juridique qui permet de déclencher une enquête et d’engager des poursuites contre une personne suspectée d’avoir commis une infraction (délit ou crime). Contrairement à la main courante, elle oblige les autorités à agir.
À quoi sert la plainte ?
- Enquête obligatoire : les forces de l’ordre ont l’obligation d’enregistrer la plainte et de l’adresser au procureur de la République (art. 15-3 du Code de procédure pénale) ;
- Preuve recevable : elle peut être produite devant un tribunal correctionnel ou le juge aux affaires familiales ;
- Poursuites possibles : le procureur peut classer l’affaire, ouvrir une enquête ou saisir un juge d’instruction.
Comment déposer une plainte ?
- Directement en commissariat ou gendarmerie, qui ne peuvent pas refuser d’enregistrer votre plainte ;
- Par courrier adressé au procureur de la République du tribunal judiciaire ;
- En ligne sur masecurite.interieur.gouv.fr pour certaines infractions (cybercriminalité notamment).
Vous recevez un récépissé de dépôt de plainte. Vous pouvez également vous constituer partie civile pour obtenir réparation du préjudice subi devant le tribunal correctionnel. En France, plus de 3 millions de plaintes sont déposées chaque année selon les statistiques du ministère de la Justice.
Tableau comparatif : main courante et plainte
| Critère | Main courante | Plainte |
|---|---|---|
| Nature | Déclaration informelle | Acte juridique |
| Effet | Constat — pas d’enquête | Déclenche une enquête et des poursuites |
| Valeur de preuve | Commencement de preuve (non recevable directement) | Preuve recevable devant un tribunal |
| Exemples | Retard ponctuel droit de visite, conflit voisinage | Non-représentation répétée, violence, vol |
| Procédure | Enregistrement sans formalisme | Dépôt officiel avec récépissé |
| Coût | Gratuit | Gratuit (sauf constitution de partie civile) |
| Suite possible | Peut être jointe à un dossier ultérieur | Peut aboutir à des poursuites pénales |
Que choisir : main courante ou plainte ?
Optez pour la main courante si…
- Vous souhaitez constater un événement sans engager de poursuites ;
- La situation est mineure (retard ponctuel dans un droit de visite, conflit de voisinage passager) ;
- Vous voulez conserver une trace écrite datée pour un éventuel dossier futur.
Déposez une plainte si…
- Vous êtes victime d’une infraction caractérisée (violence, vol, non-représentation d’enfant répétée, harcèlement) ;
- Vous souhaitez que les autorités enquêtent et engagent des poursuites ;
- Vous avez besoin d’une preuve recevable en justice pour obtenir réparation.
Questions fréquentes
En résumé
La main courante et la plainte ne répondent pas aux mêmes besoins. En effet, la première est un simple constat sans suivi, tandis que la seconde est un acte juridique qui déclenche une procédure. En cas de doute, consultez un avocat avant de choisir, une erreur de démarche peut retarder votre protection ou affaiblir votre dossier.
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Avocate · Barreau de Bordeaux depuis 2003
Titulaire du certificat de spécialisation en droit du travail depuis 2017 · Ancienne présidente de l’Institut du Droit Social du Barreau de Bordeaux (2014-2016 et 2021-2023)
Me Michèle BAUER intervient en droit du travail, en droit de la famille et en droit pénal. Cabinet : 33 Cours Pasteur, Bordeaux.
