Me Michèle BAUER, avocate pénaliste à Bordeaux depuis 2003, partage ici un souvenir d’audience, un de ses premiers étés de permanence pénale. Les circonstances et les personnages ont été modifiés pour préserver le secret professionnel.

Mis à jour le 28 juin 2026.

Je suis un voyou: souvenir d’une de mes premières relaxes

J’étais de permanence pénale, ma deuxième permanence. Je me souviens qu’il faisait chaud (pas comme en 2026, uen chaleur « normale » et même agréable) nous étions en été, mon premier été d’avocate, d’auxiliaire de justice.

L’affaire : trois prévenus, un cambriolage, une histoire de chien

Deux clients, un troisième prévenu, et un conflit d’intérêt

Je devais défendre deux prévenus impliqués dans une sombre affaire de cambriolage. En réalité, ils étaient trois, mais les deux que je défendais accablaient le troisième, défendu par un confrère en raison de ce conflit d’intérêt.

J’étais jeune et innocente. Je croyais ce que l’on me confiait. Je ne soupçonnais pas qu’un prévenu pouvait mentir et que, souvent, les prévenus mentent. Ce n’est que plus tard que j’ai compris que la parole de nos clients n’était pas celle de l’évangile.

Mes deux clients m’expliquèrent qu’ils n’avaient rien à voir avec ce cambriolage. Il est vrai qu’il ressortait du dossier qu’ils n’avaient pas été pris sur le fait mais dans la rue, dans un quartier bien connu de Bordeaux, où les gitans donnent des motos et où les portables se trouvent dans la rue. Un quartier qui porte mon prénom. Un quartier que j’affectionne malgré sa mauvaise réputation.

La plaidoirie : un débutant face à une histoire pas si claire

La conviction d’une avocate de trois semaines de barre

Le troisième prévenu, celui que mes clients accusaient, portait un sac poubelle contenant une mini-chaîne et des CD volés quelques heures auparavant dans un appartement du même quartier. Mes clients ne faisaient que l’accompagner, il leur devait de l’argent pour l’achat d’un chien et leur avait dit qu’il allait chercher cette somme dans l’appartement.

J’ai plaidé la relaxe au bénéfice du doute. J’ai relaté cette histoire de chien avec la conviction d’une débutante , la conviction d’une jeune et innocente avocate de trois semaines de barre, comme on dit dans notre jargon.

Mon confrère, défenseur de l’affreux endetté qui a cambriolé seul cet appartement, a plaidé la pression et la peur des représailles. Évidemment, ce jeune surendetté avait confirmé la version de ses créanciers.

Le délibéré : la relaxe que je n’osais pas espérer

Un Tribunal correctionnel en formation estivale

Le Tribunal correctionnel était composé de sa formation estivale et d’un magistrat réputé pour donner des relaxes facilement, un magistrat avec qui j’ai obtenu la majorité de mes relaxes par la suite.

Je suis restée pour le délibéré. Cette histoire me tenait à cœur. Je savais qu’elle n’était pas claire, et je savais, après avoir plaidé,que la version de mes prévenus n’était peut-être pas la vérité. Mais je voulais entendre le délibéré. J’étais impatiente de savoir si j’avais été convaincante, si j’avais semé le doute, et si la loi allait être respectée.

Les juges sont revenus et ont annoncé la décision : RELAXE au bénéfice du doute pour mes deux clients. RELAXE. Ma deuxième relaxe, avec mes quelques semaines de barre et non de bars.

L’épilogue : « Je sais que je vous dois de l’argent »

💬 La leçon que je n’ai jamais oubliée

Je suis allée voir mes clients, en suivant pour une fois les conseils d’un confrère plus ancien et pénaliste : fidéliser la clientèle satisfaite du travail accompli, et solliciter des honoraires pour ce très bon résultat.

Ce n’était pas dans mes habitudes. Je me contentais généralement du bon résultat et j’écrivais une lettre au prévenu, qui me revenait souvent car il n’habitait plus à l’adresse indiquée (le fameux NPAI).

Pour une fois, j’ai changé mes habitudes. Je suis allée voir un de mes clients, qui sautait de joie, n’y croyait pas et n’arrêtait pas de répéter : « RELAXE, RELAXE, ce n’est pas possible Maître, RELAXE et dire que je l’ai fait ! »

Il a ajouté : « Je vais vous payer Maître, personne n’a jamais obtenu une relaxe pour moi. Combien vous voulez, 500 ? » J’ai répondu oui, après tout, pour une fois que le client proposait. « Bon OK, je vous donne mon numéro et je vous apporte l’argent la semaine prochaine. »

Il m’a donné un numéro faux, bien entendu. Je l’ai revu quelques mois plus tard, comparaissant libre pour une autre infraction, devant ce même Tribunal. Je lui ai dit que j’attendais toujours son règlement. Il m’a répondu avec un sourire :

Maître, je sais que je vous dois de l’argent, mais vous saviez que je vous paierais pas… je suis un voyou.

Pourquoi je raconte cette histoire

Plus de 15 ans de permanences pénales et de comparutions immédiates

Cette histoire date de mes débuts. Depuis, j’ai multiplié les permanences pénales, notamment en comparution immédiate. Ces audiences m’ont appris à identifier rapidement les failles d’un dossier.

Aujourd’hui, je n’effectue plus ces permanences. Cependant, je continue d’intervenir en comparution immédiate et devant le Tribunal correctionnel, parfois au titre de l’aide juridictionnelle pour des prévenus qui m’ont choisie. Je reste convaincue qu’il est essentiel que chacun, quelle que soit sa situation financière, bénéficie d’une défense de qualité. En qualité d’avocate pénaliste, je me dois de les défendre tous, comme le prônait Albert Naud.

Si vous êtes mis en cause après une garde à vue ou convoqué pour une comparution immédiate, le réflexe est toujours le même : consulter rapidement un avocat expérimenté.



avocat tribunal correctionnel bordeaux assisesMe Michèle BAUER

Avocate pénaliste · Barreau de Bordeaux depuis 2003

Tribunal correctionnel · Comparution immédiate · Cour d’assises de la Gironde

Me Michèle BAUER intervient en droit pénal, en droit du travail et en droit de la famille. Cabinet : 33 Cours Pasteur, Bordeaux.

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