Me Michèle BAUER, avocate à Bordeaux depuis 2003, a suivi de près l’affaire Jurisystem/avocat.net dès son inscription sur ce site. Elle intervient en droit du travail, en droit de la famille et en droit pénal.

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Le site avocat.net a été condamné par le TGI de Paris en 2015 pour usage illicite du titre d’avocat. En appel, la Cour a confirmé la décision et le site est devenu alexia.fr. En effet, cet arrêt illustre un risque de confusion majeur entre avocats et juristes en ligne.

Avocat.net : braconniers du droit ?

Publié en février 2015, mis à jour en août 2026 — la saga est aujourd'hui terminée.

Le site avocat.net vient d’être condamné à changer de nom : tel était le titre d’Anne Portmann dans un article du Dalloz actualité du 11 février 2014. En ce qui me concerne, j’étais inscrite sur avocat.net et j’ai supprimé ma fiche après lecture de la décision:  jugement TGI Paris, 30 janvier 2015 (PDF).

Le problème : une confusion entretenue

Un site qui n’était pas exploité par des avocats

En pratique, ce site permettait aux avocats inscrits de recevoir des demandes de devis. Les clients cherchaient le prix le plus bas — la compétence faisant rarement partie des critères (voir mon article sur le prix le plus bas : attention danger).

Dès mon inscription, je me suis d’ailleurs interrogée : de quoi vivait ce site ? En effet, aucune publicité, les avocats ne payaient rien, les clients ne semblaient pas payer non plus. Avec le jugement, j’ai enfin compris : avocat.net rédigeait des actes pour les clients qui demandaient des devis, et les fiches étaient parfois rédigées par des juristes et non par des avocats.

En conséquence, le site utilisait les confrères et consœurs inscrits pour se donner une crédibilité, sans être informés de cette activité concurrente à la leur. Ainsi, les avocats étaient les moutons de la bergerie, avocat.net était le loup caché. Mais le CNB a fini par voir le loup.

La condamnation : trois niveaux de juridiction

⚖ De la première instance à la Cour de cassation : le CNB a gagné sur tous les fronts

TGI de Paris — 30 janvier 2015

En conséquence, le CNB a assigné avocat.net pour usage prohibé du titre d’avocat, pratiques trompeuses et démarchage illicite. Le Tribunal a jugé que la dénomination « avocat.net », sans adjonction d’autres termes, laissait penser à l’internaute que des avocats exploitaient ce site. Il a notamment prononcé :

  • L’interdiction d’utiliser la dénomination « avocat.net »  sous astreinte de 150 € par jour de retard ;
  • La radiation du nom de domaine avocat.net ;
  • L’interdiction du slogan « comparateur d’avocats n°1 en France » jugé trompeur.

Cour d’appel de Paris — 18 décembre 2015

La société Jurisystem avait interjeté appel. La Cour d’appel de Paris a confirmé et alourdi la condamnation. Elle a également interdit le système de comparaison et de notation des avocats, et autorisé le CNB à publier des extraits de l’arrêt sur les sites de Jurisystem. Entre-temps toutefois, le site avait changé de nom et était devenu alexia.fr. J’ai commenté cet arrêt dans mon article « Les avocats sont incomparables : c’est net ».

Cour de cassation

Enfin, la Cour de cassation a confirmé l’essentiel, notamment l’interdiction d’utiliser le nom de domaine « avocat.net » et les mesures contre le démarchage illicite. Toutefois, elle a admis que des tiers pouvaient, sous certaines conditions, procéder à des systèmes de notation externe des avocats, une nuance importante qui a relancé le débat sur la déontologie à l’ère numérique.

Pourquoi cela reste important aujourd’hui

La confusion entre avocats et juristes n’a pas disparu

Aujourd’hui, cette affaire reste emblématique de la tension entre le numérique et les professions réglementées. Or, les risques qu’elle a mis en lumière subsistent :

  • Pas de secret professionnel garanti lorsque vous confiez votre dossier à un juriste non avocat ;
  • Pas d’assurance de responsabilité professionnelle couvrant une éventuelle erreur du juriste ;
  • Pas de contrôle déontologique — un avocat qui manque à ses obligations peut faire l’objet d’une procédure disciplinaire devant le Bâtonnier, pas un juriste ;
  • Un prix bas affiché peut cacher une prestation réalisée par quelqu’un qui n’est pas soumis aux mêmes obligations qu’un avocat.

Dès lors, pour les avocats, la leçon est claire : participer à un site qui utilise notre image pour vendre des services non avocats, c’est travailler pour la concurrence. Pour ma part, c’est une hérésie.

La question de fond : le numérique et les avocats

Certes, cette décision est la bienvenue. Elle pose une question récurrente : quand est-ce que le CNB se décidera à mettre en place un site qui propose de telles prestations pour les internautes ? Je l’ai écrit ailleurs : les avocats sont aussi un marché pour ces sociétés, et il faut investir le numérique. Il ne suffit pas de prêcher la bonne parole lors des conventions, il faut agir.

Néanmoins, alexia.fr existe toujours. La saga judiciaire a peut-être tranché sur le nom, mais la question de fond demeure : comment les justiciables peuvent-ils distinguer un vrai avocat d’un juriste en ligne, et quelles garanties obtiennent-ils en choisissant l’une ou l’autre option ?

Questions fréquentes

Qu’est-ce qui différencie un avocat d’un juriste en ligne ?

D’abord, un avocat est soumis à un serment, à une déontologie contrôlée par le Bâtonnier, au secret professionnel absolu et à une assurance de responsabilité civile professionnelle. En revanche, un juriste n’est soumis à aucune de ces obligations. En cas d’erreur, le recours s’avère beaucoup plus difficile.

Que s’est-il passé après la condamnation d’avocat.net ?

Ainsi, avocat.net est devenu alexia.fr après la condamnation du TGI de Paris en janvier 2015. Ensuite, la Cour d’appel de Paris a confirmé et alourdi la condamnation en décembre 2015. La Cour de cassation a ensuite confirmé l’essentiel, notamment l’interdiction d’utiliser le nom de domaine « avocat.net ».

Peut-on noter ou comparer des avocats sur internet ?

C’est une question complexe que la Cour de cassation a partiellement tranchée : des tiers peuvent, sous certaines conditions, proposer des systèmes de notation externe des avocats. En revanche, un avocat ne peut pas se comparer à d’autres avocats ni pratiquer la publicité comparative — c’est interdit par les règles déontologiques de la profession.

Comment choisir un avocat en ligne en toute sécurité ?

Pour cela, vérifiez que l’avocat est bien inscrit à un Barreau en consultant l’annuaire officiel du Conseil national des barreaux. Un avocat inscrit est soumis au secret professionnel, à la déontologie et à une assurance obligatoire. Par ailleurs, méfiez-vous des sites qui présentent des « juristes » ou des « experts » sans préciser leur qualité.


Vous cherchez un « vrai avocat » à Bordeaux ?

Me Michèle BAUER, avocate inscrite au Barreau de Bordeaux depuis 2003, intervient en droit du travail, droit de la famille et droit pénal. Secret professionnel, déontologie, assurance, les garanties d’une avocate inscrite au sein d’un barreau et respectant les règles d’une profession réglementée.

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avocat bordeaux pénal famille travailMe Michèle BAUER

Avocate · Barreau de Bordeaux depuis 2003

Titulaire du certificat de spécialisation en droit du travail depuis 2017 · Ancienne présidente de l’Institut du Droit Social du Barreau de Bordeaux (2014-2016 et 2021-2023)

Me Michèle BAUER intervient en droit du travail, en droit de la famille et en droit pénal. Cabinet : 33 Cours Pasteur, Bordeaux. Profil Avocat.fr →

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